Si vous avez vu l'émission sur Arte qui montre David Fray enregistrant ces concertos avec l'orchestre de Brême, vous avez probablement été étonné par le talent du pianiste, non pas dans sa maîtrise du jeu (beaucoup de pianistes contemporains l'ont aussi), mais dans sa capacité -pour moi phénoménale- à comprendre et à retranscrire ce qu'a voulu le compositeur, ici Bach en l'occurrence. Non seulement dans son propre jeu, mais en éclairant l'orchestre de sa vision claire et saisissante.
J'avais trouvé David Fray un peu jeune en 2007, un peu trop fougueux pour être totalement crédible, mais cette fois, avec ces concertos, je pense qu'il a atteint une maturité suffisante, peut-être pas encore totale, mais qui fait que son interprétation est déjà bien au-dessus de la plupart de ceux qui ont enregistré cette oeuvre.
Je retrouve (le physique le suggère) la même approche et passion qu'avait Glenn Gould. Il me semble que les tempos de David soient plus exacts et plus proches de ce qu'a voulu le compositeur. C'est une opinion très personnelle, je l'admets, mais elle est ancrée si profondément chez moi et tellement évidente que je risque de ne pas être le seul. Ça tient à peu de choses en apparence... en réalité, on fait un vrai bond en avant dans la compréhension de ce qu'a voulu, à mon avis, Jean-Sébastien Bach.
David me semble beaucoup plus exact que beaucoup d'autres pianistes, Gould y compris. Il apporte cette subtile légèreté qui annihile totalement l'austérité et la monotonie (parfois pompeuse) de certaines versions. Le Larghetto du Concerto BWV 1055 est un bel exemple.
Je peux me tromper, mais je crois que David laissera une marque indélébile dans la reproduction de l'oeuvre de Bach.