J'ai longtemps pensé que Gould c'était planté avec ce Clavier Bien Tempéré déconstruit et trop abstrait, et que finalement les oeuvres plus légères (Variations Goldberg, Partitas) convenait mieux au style cérébrale de Gould que les oeuvres elles-mêmes plus cérébrales de Bach (CBT, Art de la Fugue).
Mais ayant redécouvert cette interprétation après avoir moi-même travaillé en profondeur cette oeuvre en intégrale, et avoir écouté beaucoup de versions (Fischer, Feinberg, Richter, Gulda, Schiff, Koroliov, Feltsman, Lifschitz etc) je revise complètement mon jugement.
Les choix d'interprétation de Gould sont souvent extrêmes, voire contestable, mais il y a une telle énergie, une telle virtuosité, une telle musicalité, tellement d'intelligence dans cette interprétation, qu'on le lui pardonne largement.Je mets cette interprétation au sommet — avec celle de Richter, qui en est l'exact opposé! — des interprétations du CTB. C'est un Bach new-yorkais, frénétique, entraînant, une polyphonie métropolitaine, comme celle des récits dans les romans de John Dos Passos, un Bach revu par Hindemith et le jazz, mais avec une telle conviction et bravoure que cela dépasse très largement toutes les version académiques qui sortent tous les ans.