Quelle ne fut pas l'excitation des handélophiles lorsqu'ils apprirent qu'une nouvelle interpréation du Dixit Dominus se préparait, avec en prime le Magnificat de Bach ! Seulement, voilà ! Cette longue attente sera couronnée d'une grande déception, puisque tout ce qui avait fait la gloire des précédentes versions (Minkowski, Gardiner, Parrott) a disparu au profit... d'un lyrisme fortement agacant. Car la bétise d'Emanuelle Haïm a été de choisir Nathalie Dessay comme soprano. Elle n'est pas du tout dans l'esprit de Handel, mais se croit à l'opéra, en train de chanter du Verdi ou un quelconque autre compositeur de bel canto. Elle n'a pas la moindre notion de ce qu'est la Musique Baroque, ni la soprano Baroque de motet. De plus, la distribution d'Haïm n'arrange pas la chose. Philippe Jarousski est peut-être le seul bon élément de cet enregistrement, mais cela ne suffit pas à le relever.
Le continuo d'Haïm est soit trop chargé (rajout de 4 violoncelles, 2 contrebasses, 2 bassons, 2 basses de violon, 3 théorbes dans certains passages... il ne s'agit pas de Lully mais d'Handel!), soit trop mince (un unique violoncelle, plus le clavecin cadencé d'Haïm dans la majeure partie de l'oeuvre, comme la clavecin continuo des années 60 chez Leppard). Haïm elle-même n'a aucune inspiration. Sa direction est plate, molle, sans le moindre ressentit. Son continuo est cadencé, puisqu'il consiste à plaquer un accord pendant tout le morceau (pour l'orgue) ou à taper brutalement de petits accords arpégés (pour le clavecin).
Le magnificat de Bach n'est pas épargné par le massacre. Des choeurs criards, sans nuances, des timbales et des trompettes peu puissantes, de nombreuses fautes de rythmes (notamment le "Omnes generationes"), des ornements ratés ("Quia fecit mihi magna"), bref aucune raison valable d'acheter ce disque. Mieux vaudrait payer le double pour avoir la qualité. Mais qu'elle mouche à donc piqué Virgin pour publier cet enregistrement ? On préfèrera donc commander à ce label leur précédente publication du Dixit, par Parrott, ou bien se réorienter vers de VRAIS INTERPRETES, tels que Gardiner ou Minkowski. Oublions donc cet enregistrement, qui ne mérite ni notre attention, ni notre argent.
A Noter que Haïm et Dessay continuent le massacre, en s'attaquant à la cantate BWV 51 de Bach (publié chez Virgin). Mais où êtes-vous donc, Nancy Argenta, Jennifer Smith, Lynne Dawson ?