Depuis une douzaine d'années, Sigiswald Kuijken dirige désormais la musique chorale de Bach avec un seul chanteur par partie, non par principe dogmatique, mais après mûre réflexion et quarante ans d'exécution traditionnelle, constatant que la polyphonie y gagne beaucoup de transparence, à la condition indispensable de disposer d'excellents solistes.
C'est le cas de Kuijken, qui a réuni pour ses enregistrements des cantates et des Passions de Bach le même noyau fidèle de jeunes chanteurs, parmi lesquels les soprani Gerlinde Sämann et Elisabeth Hermans, l'alto Petra Noskaïova, le ténor Christoph Genz, et la basse Jan Van der Crabben, toutes voix claires et parfaitement homogènes de couleur, ce qui leur permet d'obtenir un fondu égal à celui d'un choeur plus nombreux. Mais la beauté de leurs timbres leur permet aussi l'alliage, si fréquent chez Bach, de l'intériorité et de la suavité.
Dans le cas dans la Messe en si mineur, cette clarté qui permet d'entendre plus distinctement toutes les voix est particulièrement sensible par exemple dans le "Credo" ou le "Crucifixus", et même fait redécouvrir certains morceaux, ainsi le "Confiteor", comme on ne les a jamais entendus.
On sait que la Messe en si mineur est un "patchwork" réunissant quatre oeuvres de différentes périodes, avec des effectifs différents (5 voix pour le "Kyrie-Gloria" et pour le "Credo", 6 voix pour le "Sanctus", et 8 voix pour la fin de la messe), et elles-mêmes composées en partie de morceaux "parodiés" d'oeuvres précédentes. Cette hétérogénéité en fait un corpus moins parfait que les Passions, et le "Sanctus" par exemple est déséquilibré au profit des voix féminines.
Mais la direction de Kuijken est exemplaire : calme, légère, fluide, elle trouve tout de suite le "tempo giusto" propre à Bach et, outre lui-même au violon, ses instrumentistes sont chevronnés (Beaugiraud au hautbois, Hantaï à la flûte...). Enfin, la prise de son est sans défaut.