Les Motets de J.S. Bach ont presque tous été composés pour satisfaire des commandes de services funèbres. Construites autour de prières et de textes hautement spirituels, ces œuvres de circonstances possèdent un relief vocal sinueux et imposant. Aussi, l'étendue de son panorama est telle que l'inspiration chrétienne du compositeur révèle ce qu'elle a de plus sincère et de plus touchant. Si les qualificatifs d'austérité et de sobriété peuvent accompagner certaines grandes interprétations (je pense notamment à celle de Philippe Herreweghe), à peine le disque a-t-il débuté que l'on devine qu'avec le chef japonais, il n'en sera pas de même. En effet, le cosmétique sonore appliqué par le Bach Collegium Japan de Masaaki Suzuki ne doit rien à la discrétion ou au recueillement. La piété de Bach s'exprime sans force ni violence, mais avec une franchise et un optimisme bien pensés qui conduisent fatalement à l'émerveillement. Loin de toute monotonie et de tout excès, elle met en avant un plateau vocal convaincu particulièrement expressif. Le résultat : un Bach lumineux et élégant dans sa foi. Après le raffinement de la version des Trinity Baroque de Julian Podger, qui explorait l'option d'une voix par partie et d'un instrumentarium limité à l'orgue et à une basse à cordes, nous voilà en présence d'une interprétation qui, tout en optant pour des choix radicalement différents (doublement des parties vocales et instrumentation plus large), s'avère d'une religiosité tout aussi recommandable. Personnellement, je manifeste un intérêt tout particulier pour l'enregistrement de l'ensemble européen. Cependant, je pense que l'interprétation de Masaaki Suzuki est plus indiquée pour une première approche de l'œuvre.