Beau disque de beau piano, trop beau peut-être, justement, trop beau pour être...vrai?
Les interprétations de ces pages au piano devraient être conçues pour nous en mettre plein la vue, pour nous sortir radicalement de la frustration dans laquelle nous laissent les interprétations au clavecin, du fait des limitations de cet instrument. Disons tout de suite que nous restons sur notre faim.
Ici, d'abord il y a le son de ce piano, très rond, trop rond: du son sans histoire, passe-partout, crémeux comme nous passer de la pommade. Ceci va de paire avec l'habitude de Perahia de ne pas trop s'engager, de rester finalement dans une certaine forme de pianisme: le piano avant tout, en fait, une tendance subtile au pianisme de salon qui ne dérange pas. On ne peut être que saisi par cette pâte et ce modelé, mais au bout de 2 minutes, on a compris: ce ne sera plus que ça tout au long de l'enregistrement. Ce n'est certes pas désagréable, mais la frustration reparaît. Oui, comme l'a dit un autre intervenant, c'est intemporel, mais dans le mauvais sens du terme: Perahia semble ne s'inscrire dans aucun temps car il n'a rien à dire. C'est très étonnant cette impression de vide qui me saisit sur des pages aussi bourrées d'intentions que celles des Partitas. Il me semble qu'il m'aurait été impossible d'"apprendre" mes Partitas avec cet enregistrement. Je les ai "apprises" avec Gould (que je rejette maintenant), Estrella, Ross (pas le meilleur Ross, hélas), Argerich, Lipati, Horzowski.
Lu plus haut dans les commentaires: cette enregistrement représenterait "une synthèse". A mon avis, ce sont des mots faciles pour masquer un certain vide, un manque cruel d'émotion, de conception d'interprétation, une absence de personnalité évidente. Rester en marge serait "une synthèse"? Non, je ne crois pas.
Bref, au moins pour moi, assez déprimant malgré le fait que ça peut être vu comme une leçon de piano sans aucun doute. Reconnaissons à Murray Perahia l'art de choisir ses pianos, de les régler, le legato, l'absence d'esbroufe, et plein d'autres qualités (la douceur des attaques, l'équilibre, du chant ....) mais admettons aussi qu'il peut nous endormir légèrement......
Je recommande tout particulièrement à ceux qui voudraient savoir ce qu'est une interprétation "couillue" et incarnée d'une Partita le live Horszowski de la deuxième paru chez BBC Legends (BBCL 4203-2). Pour moi du moins, c'est la pétrification instantanée depuis la première note, le "transport hors de moi-même" qui ne se dément pas tout du long. Ici, c'est la somnolence au bout de 2 pages, et le réveil qui oublie de sonner.