La "Passion selon saint Jean" de Bach est très différente de sa "Passion selon saint Matthieu" : plus courte, puisqu'elle ne commence qu'avec l'arrestation de Jésus, et pourtant plus fouillée dans la narration (cf. les longues hésitations de Pilate), plus simple et plus intime (pas de double choeur, moins d'airs), et pourtant plus passionnée, voire violente (cf. les interventions du choeur des Juifs), plus directe et moins cérémonieuse (par exemple les interventions de Jésus sont en récitatif sec, et non accompagné comme dans la "Saint Matthieu"), mais non moins dramatique.
Comme pour ses précédents enregistrements récents des cantates, de la "Messe en si", et de la "Saint Matthieu", Kuijken utilise un seul chanteur par partie chorale, avec les mêmes excellents résultats : davantage de proximité, de transparence, et d'expressivité des choeurs et des chorals. Les deux choeurs initial et final sont à cet égard remarquables, mais aussi les courtes interventions, saisissantes comme celle du n°16 b, "Wäre dieser nicht ein Übel täter", terrifiante à vous donner le frisson.
A l'exception de la basse Jens Hamann, qui remplace Jan Van der Crabben sans décevoir, Kuijken a gardé les mêmes solistes hors pair : la soprano Gerlinde Samann, l'alto Petra Noskaiova, et le ténor Christoph Genz, qui assume parfaitement le rôle de l'Evangéliste (voir sa magnifique vocalise finale sur "weinete" dans le recitatif 12 c).
Ajoutons que les flûtes et les hautbois de la "Petite bande" sont délicieux, et que la prise de son est sans défaut.
Une seule réserve pour l'édition de ce superbe enregistrement : l'absence totale de traduction du texte de la Passion. Heureusement on la trouve gratuitement sur Internet. Et pour ceux qui préfèreraient une version avec choeur (de chambre : à 16 choristes), recommandons le beau DVD de Masaaki Suzuki (2000), référence :
Passion Selon Saint-Jean.