Cette « Passion selon St Matthieu » pourrait bien être la plus émouvante, la plus homogène, la plus humaine et en même temps la plus spirituellement aboutie des 25 versions environ qui existent… Elle marque une étape essentielle dans les enregistrements de cette oeuvre : c’est la première fois que nous disposons d’une version qui s’inspire des théories musicales de Joshua Rifkin et Andrew Parrott, selon lesquelles chaque ligne chorale ne doit être chantée que par un seul choriste. Des enregistrements de la « Messe en si », ainsi que d’une dizaine de cantates ont déjà bénéficié de cette nouvelle lecture, mais la monumentale « Passion selon St Matthieu » allait-elle résister à un tel traitement ?
La réponse est oui. Les anciens chœurs à 12 ou 24 chanteurs, même les plus « baroqueux » vont désormais sembler obsolètes et pachydermiques en comparaison de cette version où chaque chœur ne compte que 4 chanteurs ! La lisibilité polyphonique est évidemment décuplée, ciselée, magnifiée, et contrairement à ce que l’on pourrait craindre, la force expressive des interventions chorales ne perd rien, bien au contraire !, de sa puissance et de son intensité spirituelles. C’est non seulement une écoute différente que cette version nous propose, mais une véritable redécouverte, comme si ce chef- d’œuvre subissait une mutation profonde qui transformait notre approche de son essence même. Tous, chef d’orchestre, chanteurs et instrumentistes sont admirables de sensibilité et d’intelligence, et forment une unité spirituelle dont le seul but est de transcender ce sommet de la création humaine universelle. C’est un véritable bouleversement dans l’œuvre enregistrée du Cantor.