Cet enregistrement de Viktoria Mullova devait être une réussite majeure. Tous les ingrédients étaient à priori réunis: la technique, l'engagement, la sensibilité, l'instrument baroque (avec la technique appriopriée apprise durant de longues années)...
A l'écoute, aucun de ces ingrédients ne se trouve individuellement démenti. En plus de cela, la prise de son est plus que correcte. Et pourtant cette version est une déception.
Contrairement à certains commentaires, je ne trouve pas que le problème soit un manque de fantaisie et une trop grande intériorité ou retenue. Je pense même que c'est le contraire qui s'est passé: en essayant de charger émotionellement et de varier les phrasés au détriment à la fois de la pulsation naturelle des pièces et du discours, Viktoria Mullova crée un certain vide, qui lui peut donner paradoxalement une impression de sécheresse. Ce défaut est particulièrement gênant dans la première partita mais on le retrouve aussi à des degrés divers tout au long de l'enregistrement.
Cet échec relatif (c'est quand même largement écoutable) prouve pour moi une chose:
La grande difficulté de ces oeuvres n'est pas vraiment dans la virtuosité (en particulier sur instruments baroques) mais plutôt dans l'appropriation de l'oeuvre qui va de pair avec le dévelopement d'un phrasé personnel à la fois en adéquation avec la technique propre de l'interprète et des exigences de l'oeuvre.
Il parait aberrant que la version de Lucy van Dael (figure historique du mouvement baroque mais pas réputée pour sa virtuosité) soit peut-être plus réussie que celle de la grande Viktoria Mullova.
Cela n'enlève rien à ses excellentes sonates pour violon et clavecin de Bach accompagnée de son complice Ottavio Dantone.