Tout d'abord, je dois vous avouer que je fais partie de ceux qui ont acheté ce disque à sa sortie, mais aussi de ceux qui n'ont pas compris l'engouement unanime de la critique. Je restais un peu sur ma faim après les premières versions de Byslma 1979 et celle de Wispelwey sortie peu avant en 1990. Je trouvais le phrasé de Bylsma quelque peu maniéré, les passages lents trop classiques, les changement brusques déconcertants, la sonorité du violoncelle assez peu chaleureuse...
Je suis resté tout de même intrigué par cette version qui semblait vouloir exprimer quelque chose que je ne pouvais pas saisir ou apprécier à sa juste valeur et je l'ai réécouté plusieurs fois dernièrement notamment suite à une conversation sur le commentaire critique de EB sur une
autre edition de cette version.
Finalement, j'ai décidé d'écrire enfin un commentaire pour exprimer le chemin parcouru.
Je pense maintenant que:
- cette version est radicalement baroque et ne se situe pas dans la continuité de la première version de Bylsma. Elle est extrêmement baroque car elle est jouée comme un récitatif et procède d'une approche presque purement rhétorique plus que musicale au sens où on l'entend aujourd'hui. Elle relie cette oeuvre aux passions de Bach en géneral et à la passion selon St Jean et ses récitatifs en particulier. Elle relie aussi ces suites aux sonates et partitas pour violon et à la chaconne en particulier.
- les changements de rythmes brusques et les sons atypiques qui sortent de son violoncelle et peuvent au premier abord gêner, s'intègrent naturellement dans cette approche de récitatif à la fois sèche et extrêmement expressive.
- cette approche a été influencée par le dépouillement, la simplicité et le caractère vocal de la première version de Wispelwey mais aussi par ses expériences de
transcriptions des sonates et partitas pour violon seul et de la partita pour flute.
- cette vision a influencé durablement la perception de ces suites par les auditeurs (en élargissant aussi le public de ses suites) et les versions ultérieures de violoncellistes comme Queyras, Cocset, Wispelwey lui même dans sa deuxième version, Bailey...
- Par ses sonorités inouies et inédites, la puissance de sa rhétorique dans tout ce que cela a d'émotionnellement direct et intellectuellement exigeant, ses rythmes bondissants et endiablés qui unissent de facon improbable des voix et des timbres très différents, son caractère presque percussif à certains moments, elle ouvre aussi la voie à de possibles interprétations "post-modernes" de ces suites.