Cette transcription pour clavecin (instrument à la sonorité "sèche", pointue et tout en arabesques) des toccatas BWV 910-916 nous fait accéder à la construction même de la pensée musicale du Cantor.
La flamboyance de l'orgue n'exerçant pas son pouvoir de captation auditive, on peut donc se consacrer à ce voyage qui rappelle par sa puissance intellectuelle la thématique des dessins de Max Escher, sa musicalité, l'exceptionnelle clarté caractéristique des partitions pour clavier de l'ensemble des productions du Maître (et là, ça mérite la majuscule) et sa construction un Labyrinthe de variations sur le thème dont l'élaboration semble relever d'un ordre mathématique.
L'interprétation de Blandine Rannou est formidable d'équilibre entre ces différentes polarités (intellectualisme, musicalité, rigueur mathématique). Au-delà du caractère en abîme de cette musique, il y a cette impression enivrante de voir comment se font les choses ("a work in progress") et où elles aboutissent.
Une virtuosité aussi musicale (et réciproquement), c'est tout bonnement génial.