Ce disque est un peu court (49 minutes seulement), mais il est vraiment splendide.
Comme Konrad Junhänel et son Cantus Cölln il y a cinq ans, Philippe Pierlot et son Ricercar Consort ont choisi ici d'enregistrer quelques cantates précoces de Bach (dont le magnifique « Actus tragicus » qui a aussi donné son nom au disque de Junghänel) avec un seul chanteur par partie.
Comme dans les précédents enregistrements du Ricercar Consort chez Mirare, le recueillement et la poésie sont les lignes directrices d'une interprétation constamment pénétrante et émouvante, là où Junghänel privilégiait une pulsation plus dynamique. Il suffit, notamment, d'écouter les « Sinfonia » des cantates BWV 18 et 150, ou encore la sublime Sonatina de la BWV 106 pour saisir la profonde musicalité de cette interprétation.
Côté chanteur, Katharine Fuge a une voix un peu piquante qui évoque plus, selon moi, les servantes de Mozart que la musique de Bach (je préfère la voix de Johanna Koslowsky chez Junghänel), mais son chant est néanmoins très pur et ne nuit en rien à l'ensemble. Quant aux hommes, Carlos Mena, Jan Kobow et Stephan Mc Leod, ils sont vraiment excellents et me semblent supérieurs aux pourtant très bon chanteurs du Cantus Cölln. L'ensemble est donc remarquable et nous vaut des moments difficilement oubliables, comme le sublime « Es ist der alte Bund » de la BWV 106.
Soulignons enfin que les BWV 18 et 150, quoique moins connues que la BWV 106 (Actus tragicus), sont vraiment remarquables et valent largement le détour. Quant à la prise de son, due à Frédéric Briant et Aline Blondiau, elle marie la précision à la chaleur et vient donc couronner ce très beau disque.