Septième et dernier album studio de Wings,
Back To The Egg a été conçu après la tourmente punk qui mettait le groupe de Paul McCartney au pilori des « groupes dinosaures ». Ce n’est donc pas un hasard si le groupe se remodèle avec les arrivées du guitariste Laurence Juber et du batteur Steve Holly rejoignant le trio constitué par Paul & Linda et Denny Laine, et si Chris Thomas – le jeune ingénieur du son du double album
blanc des Beatles devenu maître d’œuvre de l’unique album et manifeste de guerre des Sex Pistols – est choisi comme producteur. La formule pop-rock un peu trop soft des deux disques précédents est mise de côté au profit d’une orientation plus rock’n’roll.
L’album est enregistré sur plusieurs mois dans le studio Spirit of Ranachan des McCartney en Ecosse puis au Lympne Castle dans le Kent, avant une dernière séance à Abbey Road. Cette dernière convie le 3 octobre 1978 une flopée de rock stars pour un
« Rockestra Theme » d’anthologie avec les guitaristes Pete Townshend (The Who) et David Gilmour (Pink Floyd), la section rythmique de Led Zeppelin John Paul Jones et John Bonham (une de ses dernières apparitions) et quelques autres (Hank Marvin, Gary Brooker, Ronnie Lane, Tony Ashton, Kenny Jones, Ray Cooper…). Le titre quasi-instrumental illustre le coup de fouet de Paul en réponse aux critiques. Le même orchestre est utilisé plus loin pour le plantureux
« So Glad To See You Here ».
Après un jingle négligeable (
« Reception »), les choses sérieuses démarrent par un
« Getting Closer » du meilleur cru, carré et tendu. La course est cassée par une ballade (
« We’re Open Tonight »), on n’échappe pas à ses instincts, mais repart avec
« Spin It On » , quelque peu brouillon, puis le chaleureux
« Again And Again And Again » (signé Laine) et
« Old Siam, Sir » brillant par la voix éraillée de « Macca ». Le bassiste et principal compositeur ne lâche pas son objectif mais ne recule guère devant un délicieux calypso élastique comme
« Arrow Through Me » venu dévier le cours de rock classique.
Sans être dépourvu des fameux éclats de génie de Paul, ces moments furtifs où il n’a plus d’égal pour la mélodie et ses charmantes intonations, l’ensemble pêche par son alternance forcée et des compositions parfois inabouties. Mais il faut reconnaître que les deux medley
« After The Ball/Million Miles » et
« Winter Rose/Love Awake » sont pourvus de ces moments divins, particulièrement pour la dernière séquence.
Le simple inédit
« Goodnight Tonight/Daytime Nightime Suffering » est lancé trois mois avant la sortie de
Back To The Egg. Seul la face B sera ajoutée dans sa réédition CD, le tube flamneco-disco venant compléter le CD
McCartney II, un album sur lequel travaillait Paul avant son arrestation au Japon. L’incident vient mettre un terme à l’aventure Wings dont l’annonce de la séparation n’intervient qu’en avril 1981. La version CD de
Back To The Egg contient deux autres titres de circonstance : le 45 tours de Noël
« Wonderful Christmastime » et la comptine
« Rudolph The Red-Nosed Reggae » détournée, repris sur la version iTunes téléchargeable (2007) qui s’étend avec les sept minutes du maxi
« Goodnight Tonight ».
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story