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A la croisée de Charles Trenet et de Tom Waits, de Randy Newman et de Jacques Prévert (dont il met en chanson "Pour toi mon amour"), Thomas Fersen se révèle un oiseau rare. Son pseudonyme, il le tisse du nom de l'amant de Marie- Antoinette et du prénom du footballeur mexicain Thomas Boyd. Et dès ce premier album, enregistré en direct, le jeune auteur-compositeur-interprète fait preuve d'un ton nouveau et d'une imagination fertile. Il joue habilement du mystère et du quotidien, des mots, des objets et des images, tandis que sa voix rauque et voilée n'en finit pas de nous charmer. Ses ambiances intimistes et tendres sont relevées par la légèreté, la fraîcheur et la drôlerie de ses mélodies. Basile Leroux (Michel Jonasz, Eddy Mitchell) à la guitare et Jeff Pevar (Joe Cocker, Ray Charles) à la mandoline lui apportent leur soutien. A l'école buissonnière de la chanson française, un album très réussi.
--Sylvie Devilette
Critique
C’est ici que tout a commencé (pour Fersen et, donc, un peu pour nous). Mais pourquoi cette année-là ? En 1993, Johnny Hallyday fête son premier cinquantenaire et Alain Souchon se fond dans la
« Foule sentimentale ». Thomas Fersen, quant à lui, est déjà têtu.
Et il faut en effet une bonne dose d’acharnement pour convaincre le photographe Robert Doisneau de figer dans une pose faussement alanguie (tout est calculé chez le jeune chanteur, à l’instar de Boris Vian) un artiste inconnu. Et pas moins d’obstination à persister dans une veine acoustique, en direct en studio, entouré de quelques copains de bande (la mandoline de Jeff Pevar, la guitare de Basile Leroux, et Vincent Frèrebeau, comme une évidence de complicité). Et que dire du choix de mettre en musique – cette année-là – le
« Pour toi mon amour » de Jacques Prévert, comme une filiation clairement assumée, mais à haute responsabilité ?
Ecouter quinze ans plus tard des chansons comme
« Le Bal des oiseaux »,
« Tout, tout, tout et plus rien » ou
« Libertad », c’est enfin comprendre que la simplicité traverse à merveille les années, mais également que la richesse de Thomas Fersen reste d’offrir plusieurs niveaux de consommation à ses œuvrettes, et que derrière l’évidence d’une chanson frappée au coin de la grande tradition, poétique et hexagonale, se dissimulent déjà des univers parallèles, troubles et ambivalents. Et
« Ces bouches à nourrir », chanson politique (au sens étymologique du terme), enjouée comme un désespoir caché, reste talentueusement et malheureusement, toujours d’actualité.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story