Baldassare Galuppi : "L'Olimpiade" (1747), Poulange - Marcon, Venise, 2006, 2 DVDs Dynamic, notice en quatre langues.
Argene, princesse crètoise en exil, aime Licida qui, lui-même, aime Aristea qui, elle-même, est éprise et aimée de Mégacle, meilleur ami de Licida. Un imbroglio sentimental situé à Olympie le jour de l'ouverture des jeux, et dû au prolixe imitateur de Racine, Metastasio : chacun, avec les meilleures intentions du monde, trahit qui il aime, se croit trahi à son tour, mais à l'inverse des vraies tragédies qui finissent dans le sang, celles de Metastasio, par un tour de passe-passe, se terminent par une réconciliation générale, et l'on se demande pourquoi ces personnages nous ont occupé de leurs sentiments pendant trois actes, s'ils pouvaient en changer si facilement. Mais c'est le genre qui veut ça, et si l'on veut écouter de la bonne musique, il faut en passer par là. De la bonne musique Baldassare Galuppi (1706-1785) sait nous en donner. Ce grand méconnu, créateur de l'opéra comique vénitien, a été aussi le régénérateur de l'opéra seria, et son "Olimpiade" fut, pendant trente ans, représentée sur tous les théâtres d'Europe. Charles Burney, dans son histoire de la musique, parle de Galuppi comme d'un "compositeur génial, agréable et élégant, riche en originalité, vivacité et délicatesse". Et il est heureux que sa musique soit géniale, si vive et si originale, qu'elle soit aussi bien servie par Andrea Marcon, son superbe Venice Baroque Orchestra, et par quatre voix enthousiasmantes : Roberta Invernizzi (Argene), Franziska Gottwald (Licida), Ruth Rosique (Aristea), Romina Basso (Megacle), car ce n'est pas la mise en scène de Dominique Poulange, aussi fade et peu inspirée que son décor unique noyé dans une brume verdâtre, et que seule la robe rouge d'Aristea éclaire un instant, qui pourrait nous impressionner.
Outre les quatre voix féminines, il ne faut pas oublier : l'excellent Filippo Adami en Aminta, et Mark Tucker, qui malgré quelques difficultés avec les vocalises acrobatiques de son premier aria, fait un émouvant Clisthène.
Un DVD plus à écouter qu'à regarder, et c'est dommage pour une re-création de cette importance. Donc oui, hélas ! une occasion manquée.