Mais où sont les consonnes ? L'acoustique du lieu d'enregistrement donne beaucoup de réverbération, on n'entend que les voyelles. On croirait entendre du chant grégorien. Aucun des chanteurs de ce disque n'articule, l'inadaptation au lieu d'enregistrement est cruelle. Même en essayant de suivre avec le livret, il est très difficile de suivre les paroles. La seule concession faite à l'acoustique est la lenteur des chants. On finit par s'ennuyer. Il existe franchement mieux comme enregistrement d'œuvres du même genre, les poèmes de Thibault de Champagne par exemple : Le Chansonnier du Roi, Amour courtois et chevalerie du XIIIème siècle par Alla Francesca Brigitte Lesne. Très décevant pour un CD encensé par la critique.
Cette forme très codée de la Ballade chez Guillaume de Machaut repose sur les trames polyphoniques traditionnelles mais a pour vocation d'évoquer les tourments amoureux, proposant, selon ses constructions plus ou moins savantes, l'enchevêtrement de plusieurs textes.
Machaut Ballades Musica Nova Nous sommes ici à la jonction de la période médiévale et de la Renaissance. Ces ballades portent en elles les accents primitifs des futures formes, y compris celles des plus purs styles madrigaux, notamment dans le tuilage très caractéristiques des différentes voix attachées chacune à un texte donné. On reste encore toutefois bien ancré dans les formes de musique circulaire propre à la musique médiévale, ces sortes d'ostinatos des temps anciens. La juxtaposition des voix et des textes, propres à la Ballade, est exploité par Guillaume de Machaut avec une ingéniosité diabolique. Il met en exergue avec virtuosité ce dialogue autant interne à chaque Ballade qu'entre les Ballades elles-mêmes se renvoyant en écho.
Cette musique savante, particulièrement élaborée n'est pas forcément d'un accès facile. La nécessaire attention que demande son écoute permet cependant de s'évader de façon exemplaire dans ce monde de l'amour courtois, particulièrement singulier et fascinant.