Après trois albums écoulés à environ sept cent mille copies, le rappeur parisien qui a grandi aux Ulis (comme Thierry Henry) revient dans une nouvelle major, Universal, pour un nouveau départ sous le signe d’une certaine indépendance puisque c’est SixOnine, son label, qui produit ce quatrième opus. Celui qui s’est révélé comme l’un des derniers poids lourds du rap français continue de creuser son sillon sur ce qu’il annonce donc être son dernier album personnel, avant de se consacrer à la production (mais d’autres nous ont déjà fait le coup !).
Sinik n’est pas réputé pour avoir révolutionné l’idiome, avec des productions sans trop de relief, classiques dans leur forme, « à l’ancienne », sans tentations electro comme la tendance le réclame. Peu de featurings : Soprano sur
« Zone abandonnée », organisé comme un clash, L.E.C.K. sur
« Tête à tête » pour un refrain autotuné, ses protégés Cifack et Sixcoup MC sur
« Le Goût du goudron », et sa compagne Kayna Samet sur
« Inespérée ». Après le succès de
« Bienvenue chez les Bylkas » en 2008, il insiste sur la veine rap oriental en convoquant Cheb Akil sur
« Gladiateurs », un rap-raï
communautariste
. Comme le titre le suggère,
Ballon d’Or est nourri de métaphores footbalistiques, que ce professionnel qu’il rêvait d’être distille ici et là,
« 4-4-2 » devrait d’ailleurs devenir l’hymne des supporters du PSG.
Avec un flow un peu monotone, et bourré de testostérone, à l’image de son rap, Sinik brille surtout par son aisance d’écriture, et aligne les punchlines comme des passements de jambes, un exercice où il excelle (« un jour t’es Beyoncé, un autre t’es plus qu’Ophélie Winter »), mais parfois se laisse aller à la facilité (« frère ça pue l’alcool comme Jean-Louis Borloo »). Levant rarement le voile, comme ici sur
« Mauvaise graine », où il raconte son enfance d’enfant à problème qui a fini par briser le mur de sa prédestination à la normalité désespérée, Sinik a choisi d’en faire des kilos dans le rap de matamore. D’
« Adrénaline » en
« Dangereux », il cogne au plexus tout au long de
Ballon d’or, avant de signer un pour solde de tout compte avec
« Mort ou vif » qui en deux versions clôt un album solide, mais sans réelles aspérités.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story