Le plutôt rare Neil Hannon est de retour avec "Bang Goes The Knighthood" après quatre ans d'absence. Leader et seul maître à bord de "The Divine Comedy", un des seuls britanniques (irlandais de son état) de moins de cinquante balais à faire perdurer la pop baroque, ce genre ultra-mélodique et finement orchestré, dont la lignée part des sixtes avec Burt Bacharach, Scott Walker et autres John Barry.
On avait laissé The Divine Comedy avec "Victory For The Comic Muse", album assez moyen reposant uniquement sur quelques fulgurances. Ce nouvel opus s'avère un peu plus réussi avec une qualité relativement constante. Cependant, on ne retrouve toujours pas les grands élans symphoniques bien pompeux qui faisaient le charme du groupe sur ses albums emblématiques tels "Promenade" ou "Casanova". Plus de retenue, certes, mais au détriment de cette ambiance roborative, si jouissive en petit plaisir coupable. Mais l'essentiel est là: mélodies théâtrales et paroles désenchantées.
Toujours aussi mal dans ses pompes, Neil Hannon continue de démonter les travers de la société actuelle. La dernière crise boursière est l'occasion de tailler un costard aux banquiers plein d'arrogance et de suffisance, totalement déconnectés de la réalité et répondant toujours aux préceptes réacs établis par l'affreuse Thatcher dont les méfaits n'ont pas encore fini d'appauvrir la majeure partie des anglais. Mais les suppliques nostalgiques habituelles sont bien évidemment toujours la priorité de ce pauvre dandy né trop tard. La perte des petits plaisirs au profit de loisirs vulgaires et bruyants ("Can You Stand Up On One Leg"), la disparition quasi totale de la communication verbale ("The Lost Art Of Conversation") ou, tout simplement, les errances et émerveillements de l'esprit face à des évènements basiques ("Have You Ever Been In Love"). Autant de joies simples et de bienséance naturelle perdues dans une société qui, paradoxalement, n'a jamais permis autant la communication et l'échange.
Pour éviter de sombrer dans la dépression, Neil Hannon, par deux fois, s'offre un plaisir égoïste : lister, citer ce qui le fait vibrer. La musique d'abord, dans "At The Indie Disco". Au travers d'une chronique relatant ces sorties adolescentes en club, il propose un inventaire à la Prévert de ses goûts en matière de pop anglaise contemporaine. Et, le meilleur pour la fin, une magnifique liste de ce qu'il le fait vibrer chez sa copine. Fringues, attitudes, tics, petites habitudes... tout y passe. Prouvant en même temps que ça n'est tout de même pas bien difficile de s'exprimer simplement et avec classe.