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Barbara Broché – 5 décembre 2013


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Descriptions du produit

Extrait

Avant-propos

N'y aurait-il pas plusieurs Barbara ? Une Barbara à entendre, tour à tour intime et artificielle, tantôt louve, tantôt mante religieuse, celle qui murmure un chant-refuge ou celle qui fanfaronne ; et une Barbara à voir, côté cour, la publique, celle de la scène et des interviews qui se sait sous le regard de tous et, côté jardin, la pudique, celle que le grand public ne peut jamais qu'entrevoir, que parfois, rarement, par illusion, il croit surprendre derrière le fard, sous le «pailleté», comme elle disait.
En miroir, l'on peut être un auditeur de Barbara ou un spectateur. Ça semble a priori deux espèces qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre, d'un côté l'amateur éclairé, mélomane, féru de poésie, de l'autre le fanatique, le collectionneur, davantage intrigué par la plastique de la personne que par l'esthétique de l'artiste. Qu'il serait simple de pouvoir ainsi séparer le bon grain de l'ivraie ! Car, bien souvent, celui qui prend plaisir à écouter Barbara prend aussi, voire doublement, plaisir à la voir. Car, en matière de chanson, les récepteurs s'embrouillent et les images se brouillent : le véritable connaisseur d'un chanteur n'est pas celui qui a appris ses textes, mais davantage celui qui l'a vu les interpréter. La bonne place, c'est celle du spectateur qui voit le texte s'incarner dans le corps du chanteur. Celui qui n'est qu'auditeur ne possède qu'une partie de l'oeuvre, il n'a pas visité tout le monument, il faut qu'en la matière il fasse profil bas devant ceux qui peuvent dire «Nous y étions», les spectateurs, les groupies, ceux que Barbara appelait «les oiseaux».
Mais alors spectateur de quelle Barbara ? Forcément, nécessairement, la Barbara que filtre l'espace scénique, qui n'a rien à voir avec Monique Serf ; en tous les cas qui ne montre de Monique Serf que la part obscure que les années de galère à Bruxelles et à Paris ont métamorphosée, intellectualisée, que les années de gloire, de Bobino à l'Olympia, ont illuminée, maquillée : artiste splendidement auto-fabriquée, prodigieusement accouchée, d'autant que Barbara n'a fait que suivre sa pente naturelle, celle de la résilience et du don de soi, celle du mystère et de l'étrangeté.
Tout ce préambule pour dire quoi ? Pour dire qu'il y a par nature et heureusement «deux plus deux» Barbara ; car quelle que soit la Barbara que l'on traque, «murmureuse» ou «music-hall», elle nous a donné le droit d'être l'admirateur que l'on est : Monique Serf s'est forgé l'identité Barbara sur un principe de voeu au spectateur, d'abnégation à sa carrière ; elle nous a d'avance débarrassés de nos scrupules voyeuristes : «Dorénavant, je suis seule ; plus rien ne va pouvoir me détourner de ma route telle que je l'ai toujours pressentie. Rien, ni hélas personne, plus aucun homme, aucun amour. Bien sûr, des hommes et des amours.
Mais c'est si différent. J'aurais bien voulu, mais je n'ai pas eu le talent de vivre à deux, ni jamais le désir assez grand de tout quitter pour un seul homme. En acceptant de perdre H... [en 1962], je viens de prendre le voile, inexorablement, pour cette beauté : la vie de femme qui chante.»
Barbara a la primauté artistique de ce pacte : sacrifier sa vie de femme à un «amant de mille bras», rôle jouissif et grave qui nous autorise à toujours désirer se l'approprier. Et cet album de photographies inédites ne fait donc que continuer le rendez-vous d'amour. Il n'est d'ailleurs ni inutile ni innocent de préciser que toute cette galerie de photographies de Libor Sir cherchait à définir la pochette de l'album 1967, dont la chanson la plus illustre restera «Ma plus belle histoire d'amour», celle qui justement scellera le pacte entre Barbara et son public.

Pourtant, au fil de ces papiers glacés (car il s'agit bien d'un même fil qui les relie, celui du regard unique de l'artiste qui oriente l'objectif), une problématique se creuse : comment rendre l'intime lorsqu'on est une vedette de scène ? Car la vedette, étymologiquement, c'est celle qui est vue, de tous en même temps. Or, une photographie, on la reçoit seul et il faut alors qu'elle se mette à parler à chacun une langue familière, comme pour une chanson : tout le monde croit entendre la même, alors que chacun la reçoit différemment. Voilà donc l'enjeu de la photographie réussie d'une vedette : il faut voir Barbara, célébrité de la chanson, et regarder Barbara telle que Monique Serf perce sous elle. C'est alors que conspirent le talent du photographe et le talent du modèle pour créer ce tour de passe-passe, cette illusion subreptice et indivise.
Dans un reportage que Gérard Vergez a tourné en 1973 autour d'un récital près de Châteauroux, la caméra donne à voir quelques instants volés, magistralement joués par la «Dame brune» au moment où, lors de l'entracte, elle se précipite pour recoudre sa robe noire, déchirée pendant la première partie. Barbara, qui s'affaire pour trouver du fil, soliloque, suppliant pour qu'on ne remette pas le chauffage, en écho à une conversation lointaine qui semble prendre la décision sans elle. Mais il lui faut passer ce fil dans le chas d'une aiguille, épreuve redoutable pour une myope. Elle s'avise alors qu'il y a une caméra qui la filme, et un pompier de service qui la regarde : c'est lui qui finalement prendra le dé à coudre. La succession des deux séquences met l'intime au coeur de la saisie des images : intimité de Monique Serf qui oublie l'objectif, le public derrière cet objectif, qui oublie son amant en cherchant désespérément du fil noir, pour mieux paraître devant son amant ; intimité de Barbara qui redécouvre l'objectif, le public derrière cet objectif, et redevient séductrice, maniérée, cabotine.
Que ce fil d'intimité et de vue troubles continue de nous servir de métaphore : c'est le fil auquel le regard lumineux et la marche funambule de Barbara nous attachent. Ne le perdons pas. Suivons le regard, suivons le mouvement...

Joël JULY
Professeur agrégé de lettres modernes.
Université de Provence, Aix-Marseille I

Biographie de l'auteur

Le photographe Libor Sir est né à Prague le 12 octobre 1933. Durant l'Occupation, son père l'initie à la photographie. A cette époque, les photographes ont beaucoup de mal à trouver du matériel pour l'exercice de leur art. Ce sera le cas également durant toute la période soviétique. Aucun photographe ne prend une photo au hasard. C'est dans ces conditions que Libor Sir apprend très jeune à travailler. Il quitte Prague pour l'Allemagne à l'âge de dix-sept ans. Il obtient son baccalauréat au lycée ukrainien de Munich. En 1953, il bénéficie d'une bourse d'études américaine pour le Collège de l'Europe libre de Strasbourg. Son certificat de langue française lui permet de s'inscrire à la faculté de droit de Strasbourg. Après sa licence, en 1955, il devient inspecteur des impôts pour diverses compagnies d'assurances. Il achète alors son premier appareil photo, un Rolleiflex, puis, au cours de nombreuses promenades, photographie Paris, ses quartiers, ses rues et de nombreux monuments aujourd'hui disparus. Dans les années 1960, grâce à la qualité de ses réalisations, il intègre l'agence Holmes-Lebel et devient journaliste. En tant que photographe indépendant, il effectue de nombreux reportages pour le compte de divers magazines, en particulier Le Pèlerin, Clair Foyer, L'Oeil, La Vie des bêtes et Jardin des arts. En 1970, il publie Les Belles Heures de Paris aux éditions Meddens, à Bruxelles, et expose des études et projets de vitraux à la galerie Gérard Mourgue, à Paris. Au cours des années suivantes, il vend ses photos principalement à Paris. II s'adonne à la peinture, sa seconde passion, en travaillant à l'Académie de la Grande Chaumière à Montparnasse. Durant l'été 1967, l'agence Galliphot lui confie la réalisation de photographies de Barbara pour illustrer l'album Ma plus belle histoire d'amour. A l'exception de la photographie retenue pour la pochette du disque, le travail de Libor Sir relatif à Barbara était jusqu'ici resté inédit.


Détails sur le produit

  • Broché: 174 pages
  • Editeur : Le Castor Astral (5 décembre 2013)
  • Collection : CASTOR MUSIC
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 285920959X
  • ISBN-13: 978-2859209599
  • Dimensions du produit: 26 x 1,6 x 24 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.4 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (5 commentaires client)
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile  Par ahmaisoui le 12 décembre 2013
Format: Broché
C'est un très beau livre, avec des photos inédites que je trouve personnellement très intéressantes : d'habitude, on ne voit jamais Barbara au quotidien, en train de faire l'andouille ou de manger une barbe à papa ! Ces photos l'humanisent, et rappellent que derrière la grande artiste il y avait... une femme.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile  Par Pantin la bleue le 10 décembre 2013
Format: Broché
Je viens de terminer cet ouvrage qui est absolument magnifique, très grande qualité des photographies, et très grande qualité documentaire dans ce livre où l'on découvre beaucoup de poèmes et chansons que Barbara a interprété et qui ne sont pas toujours connus du public. Un merveilleux cadeau de Noël !
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile  Par LOLO112 le 13 janvier 2014
Format: Broché Achat vérifié
tout le monde connait la grande auteur compositeur interprete ; ici on retrouve en photos la grande dame brune dans des decors inedits ; une femme d une grande beaute ; tout le charme envoutant de barbara est dans ces magnifiques photos
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Par Françoise J. le 16 février 2014
Format: Broché Achat vérifié
très beau cadeau à offrir et à s'offrir
quelques textes de ses chansons
très belles photos
je vous le recommande
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2 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile  Par Ygrecq de Paz le 9 décembre 2013
Format: Broché Achat vérifié
Il est utile de savoir, dans un premier temps, que ces photographies, avaient été interdites de diffusion par Barbara, sur lesquelles elle exerçait un controle affirmé de son image. Celles-ci ont échappé à l'artiste, de son vivant, et aucune condition légale, n'était pour en empecher sa diffusion, aujourd'hui.
Par ailleurs, mis à part quelques photographies réussies (dont celle qui fera la pochette de l'un de ses disques), la plupart sont floues et sans grand intéret.
On y voit Barbara avec un enfant, place des Vosges, sur les bords de Seine ou en province, et j'en passe.
Bien sur, en tant qu'admirateur de la dame, je me suis procuré le livre, et le garderai, mais si j'avais à donner un conseil, il serait celui de l'acheter lorsqu'il sera d'occasion ! ...
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