Bare Wires, sorti sur Decca Records, en 1968, n'est pas l'album de Mayall (et des Bluesbreakers) le plus facile d'accès. Cet hermétisme explique la raison pour laquelle il est sous-estimé. Mais qu'est-ce qu'il est bon... John Mayall, c'est le blues, dont il est le précurseur sur le sol européen, l'ambassadeur et le défenseur. Il en est tellement imprégné qu'il part en croisade contre ceux qui ne lui accordent pas le crédit et la place nécessaires, comme en témoigne son album Crusade, le dernier qu'il ait réalisé avec les Bluesbreakers. Ces derniers reviennent une dernière fois aux affaires pour Bare Wires, autour d'un line-up encore une fois chamboulé. Depuis Crusade, seuls Mick Taylor et le saxophoniste Chris Mercer demeurent fidèles au bluesman blanc. La section rythmique est partie : le batteur Keef Hartley, remplacé par Jon Hiseman, tandis que John McVie, jusqu'alors fidèle, a été séduit par les arguments de Peter Green et Mike Fleetwood (ex-Bluesbreakers) pour s'engager dans Fleetwood Mac. Tony Reeves reprend la basse laissée vacante. Dick Heckstall-Smith et Henry Lowther, respectivement au sax et au violon, intègrent également l'équipe. John Mayall, c'est le blues, disais-je. C'est ce que l'on pense jusqu'à ce que l'on écoute les premières phases de ce disque. A la surprise générale, Bare Wires commence de manière étrange, avec des sons venus tout droit d'instruments avec lesquels l'univers musical du Mayall d'alors, ne nous a jamais familiarisés : harmonium, clavecin, violon, instruments exotiques, cuivres. La randonnée de 22 minutes, scindée en six mouvements, dans laquelle il nous entraîne sans sommations, tient plus du jazz -rock de Colosseum (Reeves, Heckstall-Smith et Hiseman fonderont ce groupe la même année) que de son répertoire habituel. Le John Mayall de Bare Wires se veut expérimental, audacieux ; élevé au biberon du Delta du Mississippi, Papy John ne s'éloigne pas pour autant du blues qu'il affectionne et pour lequel il mourra. Il cherche son concept, comme c'est en vogue en cette fin des sixties. Sa suite expérimentale étirée (la pièce principale du disque) évoque diverses atmosphères, différents styles et laisse l'initiative aux musiciens, qui y vont de leur exhibitions instrumentales (Taylor frise l'excellence à la guitare), de leur solis de sax (Heckstall-Smith fut un membre très actif de la scène jazz londonienne des années 50, avec Graham Bond et Alexis Korner), de batterie (Jon Hiseman) et de basse (de Reeves ; c'est plus surprenant). Comme c'était courant dans le jazz du papa de Mayall et par lequel, il fut indéniablement influencé... La deuxième partie de Bare Wires est plus variée et plus classique. I'm A Stranger est un émouvant blues à combustion lente, No Reply plus blues-rock, Hartley Quits, un bel instrumental jazzy. Killing Time, blues jazzy, voit une participation très inventive à la slide de Mick Taylor (excellent aussi sur I Started Walking), pour soutenir la voix grave de Mayall, pas forcément le meilleur chanteur que j'ai connu. She's Too Young a du rythme et Sandy clôture sur une excellente note un disque oublié, pourtant 3ème dans les classements UK et N° 59 du Bilboard 200 US.