"ça être là? ça être arrivé? hourra!"
De même que Dim, le "droog" d'Alex dans "ORANGE MECANIQUE", lui adresse cette remarque sur un ton sarcastique, de même introduirons-nous un brin d'amertume dans la nôtre, adressée au Blu-ray de "BARRY LYNDON" qui daigne enfin atterrir dans nos lecteurs.
Sans aller jusqu'à prétendre que "la déception est à la hauteur de l'attente", confessons toutefois notre perplexité devant quatre questions que nous pouvons légitimement nous poser:
1) Pourquoi avons-nous dû attendre si longtemps un encodage en 16/9 du film?
2) Pourquoi avons-nous dû attendre si longtemps un transfert en Blu-ray du film?
3) Maintenant que ces deux critères sont enfin réunis, pourquoi nous impose-t-on un format de 1.85, alors qu'il est de notoriété publique que Kubrick a toujours privilégié pour ce film le 1.66, et que de surcroît "LOLITA", "DOCTEUR FOLAMOUR" et "ORANGE MECANIQUE" sont, eux, bel et bien encodés en 1.66?
4) Pourquoi ce film n'a-t-il droit en tout et pour tout qu'à la traditionnelle bande-annonce en guise de supplément (et même pas à un commentaire audio)?
Reste l'image: bien sûr, il ne faut pas s'attendre au piqué démentiel et à la définition à couper au couteau d'un film comme "INCEPTION". Bien sûr, le film approche de la quarantaine. Bien sûr, Kubrick a souhaité un rendu pictural à la Gainsborough, et donc souvent nimbé d'une lumière légèrement vaporeuse. Bien sûr, les illustres scènes éclairées aux seules bougies (et donc filmées avec un objectif à l'ouverture délirante) compromettent sévèrement tout idéal de netteté. Mais n'était-il VRAIMENT pas possible de faire (un peu) mieux avec toutes les techniques de (re)masterisation actuelles?
Cependant, ne boudons pas notre (réel) plaisir, et reconnaissons que nous tenons ici la meilleure édition possible de "BARRY LYNDON" (pour l'instant!), qui se situe à cent coudées au-dessus de tous les supports qu'il nous a été possible de visionner jusqu'à présent. Certes, le choix du format 1.85 est tout à fait regrettable (et d'ailleurs incompréhensible), mais force est de constater que l'image, bien que légèrement rognée dans ses parties supérieure et inférieure, n'en est pas (trop) gravement tronquée. Par contre, il faudrait remonter jusqu'aux séances de septembre 1976, lorsque la France a découvert sur pellicule ce chef-d'oeuvre, pour retrouver l'hallucinante palette chromatique qui nous est aujourd'hui restituée sur disque. Quant à la définition, même si elle n'est pas parfaite, il suffira de deux exemples pour nous convaincre de sa très grande qualité: quand avons-nous contemplé avec autant de précision les petits insectes virevoltant dans les herbages autour du château des Lyndon, ou encore les gouttes de pluie tombant dans le ruisseau au moment de la mort du Capitaine Grogan?
En conclusion, même si elle nous laisse un peu sur notre faim, cette édition est pourtant globalement très réussie, et remplit parfaitement sa fonction de haute-fidélité visuelle et acoustique.