Georges Szell dirigeait déjà ces deux oeuvres depuis une dizaine d'années lorsqu'il les confia aux micros de CBS.
La "Cinquième" de Prokofiev, enregistrée en octobre 1959, était une légende de la discographie, et il est délectable de la retrouver dans le présent remastering qui tire le meilleur des prises de son originales.
Le chef hongrois ose une tension permanente, dès les premières mesures de l'Andante qui rougeoie jusqu'à l'incandescence.
L'Allegro marcato est gravé à la pointe sèche, heureusement coloré par le timbre enchanteur des vents délicieusement timbrés (le hautbois notamment).
L'humour, la nostalgie sous-jacente de cette symphonie sont gommées, mais son esprit fier et conquérant ressort comme rarement.
Le "Concerto" de Bartok, gravé six ans plus tard, se montre également d'une transparence, d'une lisibilité telles qu'on a l'impression de lire la partition en l'écoutant !
Et quelle précision, exigée de tous les pupitres ! En répétition pour un concert à Carnegie Hall, Szell alla même jusqu'à écouter un par un chaque percussionniste pour décider lequel se verrait confier le solo de caisse claire du "jeu des couples", pour finalement choisir... le timbalier !
Le discours est constamment dilaté, surarticulé, souvent joué avec sforzando (dans le finale, écoutez le fugato des cordes qui raclent le crin...), à ce point que les subtils climats bartokiens s'évanouissent sous cette lumière trop vive.
Mais la performance instrumentale vaut pour elle-même, à la gloire de l'orchestre de Cleveland et de son chef, dont l'exigence musicale a produit tant de prouesses inégalables, comme celle à laquelle nous assistons ici, médusés et incrédules.