Bien que Martha Argerich soit sans doute la pianiste la plus adulée au monde, dire quelque chose d'un de ses disques, c'est devoir répondre à des questions simples : est-ce que c'est aussi bien qu'on pouvait l'espérer, et qu'est-ce que cela apporte étant donné que les trois oeuvres ici enregistrées l'ont déjà été, et fort bien, par des gens dont le talent n'est pas mince.
Un intérêt de ce disque est de permettre d'entendre comment Argerich aborde le 1er concerto de Prokofiev, qu'elle n'avait jamais gravé et qui semble fait pour elle. On peut dire qu'elle est ici digne de sa réputation, et que les mouvements 1 et 3 font des étincelles. Deux remarques, tout de même : le mouvement central est rendu par elle, avec un début très retenu, de manière très langoureuse, très Rachmaninov, et Prokofiev, on le sait, détestait la musique de Rachmaninov : même si c'est une conception qui est très bien défendue, on peut donc la discuter. Sviatoslav Richter et Karel Ancerl, dans leur disque Supraphon
Tchaikovski - Prokofiev - Bach : Concertos pour piano n° 1, se laissent beaucoup moins aller, et leur approche toute en vivacité, candide dans le mouvement médian, est beaucoup plus proche de l'esprit de l'oeuvre et du style de Prokofiev, le pianiste (pour l'entendre:
Prokofiev Joue Prokofiev). Puisqu'on parle des chefs, Dutoit est élégant, et réussit pas mal de choses, mais le côté implacable de l'enchaînement des trois mouvements n'est tout de même pas rendu avec la même évidence qu'avec Ancerl, qui règle une mécanique de précision de la première à la dernière note.
Parmi les versions récentes de ce premier Concerto, citons celle de Lise de la Salle
Shostakovich, Liszt, Prokofiev - Piano Concertos No.1, qui lui donne avec beaucoup d'art un parfum ravélien, et Prokofiev aimait Ravel.
Le 3e concerto de Bartok est difficile à réussir. Argerich y est plus variée qu'Ashkenazy (avec Solti)
Coffret 2 CD Classique : Bartok - Concertos pour piano et pour violon, sa sonorité est bien plus intéressante que celle d'Hélène Grimaud (avec Boulez)
Bartok : les Concertos pour pianos. Mais l'oeuvre est jouée par Argerich comme un concerto post-romantique, ce qu'elle n'est pas, concerto dans lequel le soliste devrait s'imposer. Si on écoute la merveilleuse Edith Farnadi avec Hermann Scherchen
Liszt, Bartok, Rachmaninov, Geza Anda avec Fricsay
Bartok : les Concertos pour piano n° 1, 2 et 3, et récemment Jean-Efflam Bavouzet avec Gianandrea Noseda
Bartok : Les Concertos pour piano, inattendu, chacun, à sa façon, rend mieux la simplicité de ton, le charme d'Europe centrale et la saveur propre à cette oeuvre énigmatique et lumineuse.
Pour le troisième concerto de Prokofiev, Argerich a déjà montré avec Abbado qu'elle en est une interprète de premier plan
Prokofiev : Concerto pour piano n° 3 - Ravel : Concerto en sol. Ceci dit, on ne peut pas oublier par exemple le météore William Kapell, qui l'a gravé avec Dorati en 1949 et dont il subsiste également un concert avec Stokowski de la même année
Kapell Plays Brahms concerto 1 & Prokofiev concerto 3(Music and Arts). Dans le présent enregistrement, la pianiste argentine se montre vraiment très impressionnante, et des trois concertos, c'est aussi celui où la réalisation orchestrale est la meilleure. Aussi, c'est là que l'affiche tient le mieux, et le plus constamment, ses promesses.
En résumé : pour le Troisième concerto, oui bien sûr, et pour les deux autres oeuvres, ne pas oublier que le monde est vaste, riche de sa diversité, et que les repères les plus évidents sont ailleurs.