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Chameau, lion, enfant, 26 décembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Bartok : quatuors à cordes n°1, 2 et 3 (CD)
Bartok se détache dans ses quatuors subversifs (ils bouleversent tout, en effet!) de l'influence germanique, souci au goût du jour alors que les identités nationales se réveillent et que l'Allemagne se fait oppresseur:
dans le premier quatuor, il m'a semblé déceler des accents mahleriens, avant de voir que les couleurs sont plus proches de celles du Tristan de Wagner (l'opéra de Wagner que Mahler préférait) - Bartok se fait chameau, et porte la tradition pour l'ancrer dans son nouveau langage;
les couleurs debussystes et l'éclatement du langage wagnerien sont la démarche du lion, qui de ses crocs déchire le poids de la tradition;
Bartok, enfin, se réalise en étant enfant: il devient lui-même après sa libération, sa victoire sur lui-même (celle d'un surhomme, c'est-à-dire de l'homme qui a su opérer sur lui-même la démarche dialectique pour devenir ce qu'il devait être).
La puissance du quatuor ébène est à son comble: ils nous livrent Bartok tel qu'il voulait être! Ils ont le chant du chameau - le lyrisme du chant des grands maîtres romantiques est superbement présent - la férocité du lion -, c'est d'un coup d'archer que la tradition, qui oppresse le moi de l'individu qui se doit de créer lui-même ses valeurs, est balayée, telle éventrée par un lion noble et roi. Pour finir, il faut reconnaître que les musiciens jouent Bartok avec l'ingénuité de l'enfant, et se font ainsi les complices de la création, et du Jeu!
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