Ce film a fait l'évènement à sa sortie. Quelques années après BODY HEAT de Lawrence Kasdan, il relança la mode du thriller très très chaud... Et c'est peu dire que BASIC INSTINCT est chaud ! C'est de la lave en fusion ! Mais on aurait tort de s'arrêtait là, car le film vaut beaucoup mieux que la descente de reins et le déhanché de Sharon Stone. Même si l'actrice y est pour beaucoup dans le succès du film, trois éléments conjugués en font une grande réussite : l'histoire, le metteur en scène et la musique.
Le scénario est habile, nébuleux, savamment agencé. Le personnage de Sharon Stone est-il ou non le coupable, tout nous y fait penser, et c'est justement de quoi il faut se méfier. L'enquête est longue, difficile, jalonnée de fausses pistes et de rebondissements. D'ailleurs, même à l'issue du film, je connais pas mal de monde qui ne se sont toujours pas d'accord sur l'identité du meurtrier (tout est dans le fondu au noir final !). La mise en scène de Paul Verhoeven est elle aussi à la hauteur. Ce metteur en scène qui a débuté par quelques (formidables) films underground néerlandais (LE QUATRIEME HOMME, TURKISH DELIGHTS) traîne derrière lui une réputation sulfureuse. BASIC INSTINCT à côté de ses premiers films, c'est BAMBI ! Ici il allie l'élégance hollywoodienne propre au grand Film Noir, avec ses travellings somptueux, avec un sens aigu de la narration. Il redéfinit au passage le concept de "garçe" de "femme fatale" inhérant au genre. Il mène son film sans temps mort, laissant le spectateur sous tension. C'est avec un certain amusement qu'il fait vivre le personnage du flic (Michael douglas, impeccable) empêtré dans son enquête autant que dans sa libido contrariée. La musique participe aussi pleinement à la réussite du film, créant cette ambiance à la fois mélancolique et troublante (comme dans LAURA de Preminger). La scène où les inspecteurs trouvent Sharon Stone un pull beige, les cheveux fouettés par le vent, surplombant la plage, où le plan d'hélicoptère, filmant la voiture des flics sur une route sinueuse... autant d'images fascinantes, enveloppées de violons magnifiques.
On se souvient de BASIC INSTINCT pour une scène en particulier (l'interrogatoire) pour son aspect sulfureux, pour la bisexualité du personnage (et de l'actrice, laissait-on entendre...). On aurait tort de ne le réduire qu'à cela. Paul Verhoeven a réalisé un excellent film, un thriller efficace, noir et vénéneux, qui aujourd'hui encore fait référence.
Verhoven rend hommage au passage à Hitchcock, en filmant San Francisco comme dans VERTIGO, pour son interrogatoire, Sharon Stone se coiffe comme Kim Novak, les cages d'escaliers sont filmées en plongée vertigineuse, et bien sûr, le thème général du film (machination/fascination) rappelle le chef d'oeuvre d'Alfred (et la musique celle de Bernard Hermann). A noter sur la fin, un plan clin d'oeil à FENETRE SUR COUR, autre grand film "voyeur" du Maître.
PS : Paul Verhoven a réalisé récemment BLACK BOOK, thriller sur fond de résistance et de nazisme, qui est passé inaperçu, alors qu'absolument remarquable !