Giovanni Battista Bassani (c. 1650 - 1716), natif de Padoue mais ayant exercé à Ferrare dès 1667 comme organiste puis, à partir de 1686 comme maître de chapelle à la cathédrale, a composé treize oratorios dont quatre seulement sont parvenus jusqu'à nous. Celui-ci, "La Mort vaincue par la Piété", a été écrit en 1686 pour commémorer une victoire des troupes du pape Innocent XI sur les Turcs trois ans plus tôt, et "la sainteté de leur sacrifice".
Par sa forme littéraire (le livret fait s'affronter la Mort, la Justice, la Gloire, la Piété et Lucifer, à coups de couplets pontifiants et d'images souvent obscures), cet oratorio s'apparente aux débats allégoriques si prisés dans les académies italiennes aux XVI° et XVII° siècles; mais par sa forme musicale en deux parties, avec une succession régulière de récitatifs et d'airs, les arias ayant déjà la forme fixée d'aria da capo, il s'inscrit dans la lignée qui atteindra son apogée au XVIII° siècle avec les oratorios de Bach, Händel et Telemann.
Oeuvre charnière qui offre une curiosité, le cornet, dont l'emploi est déjà désuet en 1680, mais qui la parsème de ponctuations anachroniques très séduisantes à mon oreille. Jean Tubéry nous rend cet oratorio de très belle manière à la tête de sa formation "La Fenice". Parmi des solistes remarquables, on trouve deux célébrités à leurs débuts : François Piolino (la Justice) dont le timbre aux brillances de trompette baroque traverse l'espace comme une flèche dorée, et Philippe Jaroussky (la Gloire), voix de satin blanc, moirée, caressante, si reconnaissable aujourd'hui, et déjà en possession de tous ses moyens. Un CD que j'ai envie de sous-titré : "La Mort vaincue par la Musique."