3 ans après les événements de
Batman: The Dark Knight Returns (DKR en abrégé), Bruce Wayne est prêt. Il décide de mettre à jour l'imposture du président des États Unis, de raviver la flamme de la liberté et de redonner leur autonomie au superhéros. Première étape : la libération de Ray Palmer. Deuxième étape : la libération de Barry Allen. Oui, mais Bruce Wayne n'est plus tout jeune alors il fait intervenir une équipe d'agents qu'il a entraînés et placé sous les ordres de Carrie Kelly qui se fait maintenant appeler Catgirl. Oui, mais Bruce Wayne n'est pas le seul homme de pouvoir ou le seul superhéros, il faut aussi compter sur Lex Luthor, The Question, et bien sûr Superman. Et d'ailleurs qui se cache derrière ce président fantoche et comment se fait-il obéir de Superman ?
15 ans après DKR, Frank Miller est prêt à donner une suite à ce monument des comics. Dès la première séquence (la libération de Palmer), l'énergie incroyable de cette histoire et son inventivité saute aux yeux du lecteur pour ne plus le lâcher pendant 250 pages. Dès le début, le lecteur est en territoire familier : graphismes à la limite de l'esquisse, dessins parfois encrés comme avec un gros marqueur pas précis, style sans aucune concession esthétique et inserts d'écrans de télé pour multiplier les points de vue et rendre compte de l'air du temps. Dès le début le lecteur est déconcerté : Batman brille par son absence, les autres superhéros prennent une grande place dans l'histoire, les couleurs sont très vives et éclatantes (à l'opposé de la palette utilisée pour le tome précédent), les cases sont quasiment dépourvues de décors. Frank Miller n'en fait qu'à sa tête et le récit sera sans concession.
Certains lecteurs grincheux ont reproché à Frank Miller d'avoir changé de ton entre les 2 tomes estampillés "Dark Knight". Effectivement cet artiste bouillonne d'énergie créatrice et refuse de refaire la même chose. On peut même dire qu'il s'emploie efficacement à réhabiliter les superhéros sur lesquels il avait craché dans DKR. Il embrasse tous les codes les plus ridicules à commencer par les collants moulants aux couleurs criardes, jusqu'au représentant les plus kitchs de cette population comme Plastic Man. Il bâtit une histoire en forme d'ode à tous les superhéros de l'univers DC (on ne compte pas moins de 11 héros majeurs dans cette histoire) à tel point que certains passages font penser à une histoire de la Justice League. On voit même passer Hawk et Dove, et 2 apparitions de Bat-Mite.
D'autres grincheux ont reproché ses choix esthétiques : couleurs criardes et crayonnés bâclés. La mise en couleurs a été réalisée par Lynn Varley qui avait déjà réalisé celle du DKR. Elle a recours aux couleurs traditionnelles des superhéros, en pleine cohérence avec le sujet de cette histoire. Elle assume également la création ex nihilo des décors que Frank Miller a franchement sacrifiés. Alors a-t-il vraiment bâclé les dessins ? C'est difficile à dire et à la lecture ça n'a rien de certain. Effectivement il a privilégié l'efficacité des cases à une esthétique en rondeur et à des illustrations peaufinées. Effectivement, les remerciements comprennent plusieurs dessinateurs qui lui ont peut être donné un coup de main. Mais l'ensemble graphique ne soufre d'aucune incohérence, d'aucune rupture de ton, d'aucune case indéchiffrable. Les pleines pages et les doubles pages sont magnifiques. Et le choix esthétique s'adresse à des adultes, comme l'histoire d'ailleurs.
"The dark knight strikes again" est une lecture dynamique, bourrée de superhéros, racontée dans le ton dur à cuir de DKR, originale et qui vous redonnera le sourire et une pêche d'enfer.