Ce tome comprend les épisodes 1 à 7 de la série "Detective comics" relancée au premier numéro en septembre 2011, à l'occasion d'un redémarrage à zéro généralisé de l'univers partagé DC Comics, opération baptisée
New 52. Les épisodes précédents de "Detective comics" avaient déjà été réalisés par Tony S. Daniel dans
Eye of the beholder (épisodes 704 à 707, et 710 à 712, les derniers avant le redémarrage). Le cas des séries consacrées à Batman est un peu particulier puisqu'en fait ce personnage a à peu près continué sur sa lancée, sans remise à zéro.
Quelque part à Gotham, un criminel avec un penchant malsain pour dépecer ses victimes est en train de s'en prendre au Joker. Batman intervient et privilégie le sauvetage d'une jeune demoiselle otage Olivia Carr. Il se lance sur les traces du Joker (sans succès) puis sur les traces du dépeceur en chef qui répond au drôle de sobriquet "Dollmaker". Ce dernier a pris l'habitude de se servir de la peau de ses victimes pour créer des visages composites et des masques malsains. Bruce Wayne développe une relation plus qu'amicale (charnelle pour être clair) avec Charlotte Rivers (une journaliste). Et il discute affaire avec Hugh Marder, sous les yeux de Lucius Fox. La deuxième partie du récit l'amène à s'intéresser aux agissements d'Oswald Cobblepot qui a installé son Iceberg Lounge au large des côtes de Gotham.
À l'origine, Tony S. Daniel est un dessinateur qui s'encre lui-même assez régulièrement. Depuis quelques années, il se charge également des scénarios de ses histoires, en particulier celles mettant en scène Batman. Ici il se charge du scénario et des dessins, l'encrage est réalisé par Sandu Florea, Ryian Winn et Rob Hunter. Au fur et à mesure des épisodes, il devient apparent que le scénariste Tony Daniel écrit pour le dessinateur Tony Daniel, plutôt que le contraire. Il développe des histoires rapides, il inclut des passages graphiques (à plusieurs titres), il met Batman en position de conflit très régulièrement, et il se sert de la condition de citoyen privilégié et aisé de Bruce Wayne pour inclure de beaux décors qui sortent de l'ordinaire. Daniel ne se préoccupe pas de développer les personnages, son objectif est de marier les codes habituels de Batman (effets de cape, quelques menus travaux de déduction logique, bastons et ennemis bien dérangés), avec des éléments sortant de l'ordinaire (Dollmaker et son habitude de dépeçage, Penguin plus malin que d'habitude, une manifestation publique en faveur du Joker, etc.) pour des intrigues rapides, nerveuses et brutales. Avec ce tome, il atteint parfaitement son objectif d'un récit bourré d'actions d'éclats, avec un soupçon de gore et un niveau de brutalité très élevé. Batman préfère cogner que réfléchir, et foncer dans le tas plutôt que de prendre du recul. Il ne connaît qu'un seul mot d'ordre : être efficace et rapide. Daniel complète la tonalité de la narration par le flux de pensées de Batman, concis sans être exagérément sombre ou cynique ; ce n'est pas le Dark Knight de Frank Miller. Daniel prend également le parti d'intégrer la technologie de pointe aux aventures de Batman, avec une habilité remarquable.
La conséquence de cette narration dédiée aux images n'est pas le vide ou le manque de substance, mais plutôt des transitions parfois heurtées et une place réduite à tout ce qui ne participe pas directement à l'action. Et de l'action, il y en a quand Batman est là. D'un coté ce tome peut être lu par tout nouveau lecteur (dans ce sens il s'inscrit bien dans l'objectif du redémarrage de l'univers DC) ; de l'autre plusieurs éléments graphiques rendent ce tome peu recommandé à de jeunes lecteurs. Pour l'aspect gore, cela commence dès la couverture avec ce sang autour de la bouche du Joker. Ça continue dès la page 4 avec le Joker qui mord jusqu'au sang la gorge de son agresseur, ça se poursuit avec les visages composites fait de morceaux de peau rapiécés entre eux, et ça culmine avec la mutilation subie par le Joker (il n'y a pas de doute quant à ce qu'il a subi). Et quand Batman cogne ses ennemis, les chairs sont tuméfiées, et les dents délogées. C'est un autre des aspects étonnants du récit : le niveau de brutalité de Batman.
Mis à part ces 2 points, le lecteur a le grand plaisir d'admirer un Batman ténébreux, athlétique, énergique dans des poses iconiques convaincantes et détaillées tout au long des 7 épisodes. C'est un vrai régal de voir ce héros bondir d'action en action, avec une forte influence (bien digérée) de Jim Lee, mais aussi l'influence (plus sous-jacente) de Frank Miller. Le lecteur retrouve un Batman sûr de lui qui va de l'avant, et qui commet quelques erreurs. Daniel prend grand soin de détailler les décors, qu'il s'agisse de ruelles mal famées, des bas fonds de Gotham, ou de l'Iceberg Lounge sur son îlot artificiel. Et il a soigné l'apparence décadente et malsaine des criminels auxquels s'oppose Batman.
Avec ce premier tome, Tony S. Daniel frappe fort en inscrivant son histoire dans les récits d'action violents et rapides, avec des visuels marquants. La contrepartie est que certains éléments de l'intrigue semblent arriver comme un cheveu sur la soupe (la réunion avec Lucius Fox et Hugh Marder) et d'autres n'être là que pour nourrir l'action (la relation superficielle avec Charlotte Rivers). Toutefois, Daniel intègre de nombreuses composantes qui font que le récit s'adresse plutôt à des adultes, qu'à de jeunes adolescents.