Batman est physiquement et psychologiquement usé. "Bane", un puissant criminel, arrive à Gotham avec pour seul objectif de briser le héros. Il libère les fous d'Arkham, épuisant petit-à-petit les dernières ressources du chevalier noir qui doit alors combattre un à un tous ses ennemis habituels, et qui refuse l'aide de quiconque, y compris "Robin". Bientôt, "Bane" n'aura plus qu'à l'achever personnellement...
Jamais je n'aurais pensé, en ouvrant ce recueil de vieux épisodes old-school, mettre 4 étoiles à mon futur commentaire.
Pour bien apprécier la saga "Knightfall" aujourd'hui, il est bon de connaitre un peu le contexte de sa genèse. A cette époque, les grands crossovers et événements centrés sur un personnage majeur des comics de super-héros sont à la mode. En 1992, "
La mort de Superman" atteint des records de vente et son retentissement s'étend sur toute la planète. Du côté de la Marvel, "
Spiderman : La Saga Du Clone" déchaine également les foules. "Knightfall" arrive ainsi à point nommé pour exposer Batman sous le feu des projecteurs.
Le principe est le suivant : Prenons les séries dédiées au personnage et écrivons une saga ambitieuse et événementielle qui permettra de la raconter à cheval sur les séries en question (histoire de multiplier les ventes...). "Knightfall" est donc un récit publié en alternance sur diverses séries (deux seulement dans ce premier tome : "Batman" (#489 à 497) et "Detective Comics" (#659 à 663), mais bien davantage dans les suivants).
Mine de rien, cette histoire centrée sur la montée en puissance du vilain "Bane" ne sort pas de nulle part. Ses origines peuvent remonter jusqu'à la saga "
Batman : Venom" (Batman Legend Of The Dark Knight #16 à 20, récit publié en 1990, malheureusement inédit en VF). Puis ensuite, elles prennent leur source à la fois dans les mini-séries
Batman : Azraël (1991) et
Batman : la revanche de Bane (1992). C'est dire si le plan est solide lorsque le responsable éditorial Dennis O'Neil entreprend la publication du pachydermique "Knightfall" !
A l'arrivée, la saga durera un an et demi et sera publiée en alternance sur pas moins de huit séries. L'éditeur français Urban Comics devra donc éditer l'ensemble sous la forme d'une imposante collection en cinq volumes de plus de 350 pages chacun !
C'est aux scénaristes Chuck Dixon et Doug Moench qu'est confiée la tâche d'écrire ce premier arc narratif. Le premier a déjà écrit "La Revanche De Bane" et le second est un habitué du personnage de Batman. Il a notamment écrit une superbe suite au
Batman Year One de Frank Miller :
Batman : Prey. Les deux auteurs se sont entendus pour donner à leurs épisodes respectifs la même allure narrative. Contre toute attente, la part-belle est donnée à la voix-off (minimisant au maximum l'usage des ridicules bulles de pensée) et l'ambiance générale est grave et adulte. Les personnages sont bien caractérisés et les vilains sont de véritables psychopathes. C'est d'ailleurs tout ce qui fait le sel de cette saga et qui la hisse à un niveau supérieur en comparaison de ses homologues de papier : La noirceur de ses "vilains". Des tueurs en série de premier ordre, violeurs, pédophiles, assassins vicieux, pyromanes retords. Dès les premières pages, le sang coule et une terreur viscérale s'empare du lecteur. Niveau impact et densité, on est quand même bien loin des habituelles histoires gentillettes qui écument ce genre de publications.
D'un autre côté, l'ensemble souffre encore de certains des pires défauts inhérents aux comics manstream façon old-school : Des costumes et des scènes d'actions ridicules, des retournements de situations en faveur des héros extrêmement tirés par les cheveux, des ellipses pratiques... Le ton adulte et violent relevé plus haut côtoie ainsi, de manière presque surréaliste, toute la naïveté du super-héros à l'ancienne.
Les dessins, consensuels, n'arrangent pas trop les choses. Jim Aparo et Graham Nolan donnent dans l'alimentaire et la force du récit perd de sa noirceur dans certaines scènes d'actions bâclées et poussives. Norm Breyfogle et Jim Balent, pourtant moins connus, s'en sortent noblement en recopiant le style de Brian Bolland.
Ce sont finalement les scénaristes qui tirent leur épingle du jeu : Malgré ses naïvetés, "Knightfall" n'est jamais infantile. Les dialogues ne sont pas ampoulés, il n'y a pas d'insultes moyenâgeuses, les combats sont ridicules (la faute aux dessinateurs) mais découlent d'un enchainement de situation cohérent et justifié (ils ne sont pas gratuits).
Bref, ce premier arc de la saga "Knightfall" s'impose rétroactivement comme une très bonne surprise. Il faut le prendre comme il vient : Du mainstream old-school un peu daté, purement et simplement divertissant, ainsi que comme une étape primordiale dans la continuité du personnage de Batman. C'est à la fois adulte et désuet, suranné et viscéral. Et c'est avant tout une bonne histoire. Voilà du mainstream comme on aimerait en lire plus souvent, où les auteurs parviennent à tirer le meilleur parti de l'exercice imposé, purement commercial et lucratif !
Urban Comics a pris le parti d'offrir aux lecteurs une collection de très beaux albums cartonnés au papier mat de qualité supérieure. C'est très bien dans le respect du matériau originel mais ça donne des volumes à l'épaisseur considérable, qui risquent d'encombrer les petites bibliothèques !
Deux pages d'éditorial viennent planter le décor au début de l'album, et chaque épisode est précédé de sa couverture originale. Du très bon travail (si l'on excepte les "coins" de l'album, qui s'émoussent rapidement...).