Cet album est le second volet de la trilogie "Batman-vampire", initiée avec
Batman & Dracula (DC Comics) (épuisé en vf) et bouclée avec
Batman : La brume pourpre.
C'est avec cette deuxième partie que le scénariste Doug Moench et son acolyte Kelley Jones élèvent réellement le débat en mettant au point un concept définitif : Et si Batman, "l'Homme chauve-souris", devenait réellement ce qui l'incarne ? Et quoi de mieux pour cela que d'en faire littéralement un vampire ? L'univers du "Caped crusader" s'en trouve transfiguré : Il est véritablement une créature de la nuit, possède vraiment les pouvoirs qui lui permettent de réaliser les prouesses physiques qui paraissaient jusque là tirées par les cheveux, et il peut enfin s'émanciper de Bruce Wayne, son identité civile obsolète. Mieux encore, tous les questionnements essentiels qui le menaient à sa croisade contre le crime s'en trouvent fortifiés : Pour demeurer du bon côté, pour rester pur et ne pas tomber du côté obscur, il doit renoncer à l'appel du sang. Cette parabole de l'appât du gain et des faiblesses humaines a ainsi rarement connue d'incarnation aussi puissante et édifiante ! En renonçant à la tentation ultime, Batman définit sa position dans la lutte sempiternelle entre les démons qui l'habitent et qui, par extension, habitent le commun des mortels.
La mise en forme de l'ensemble a pris un petit coup de vieux. Le dessin autrefois relativement expressionniste est devenu un peu daté. Il n'en est pas mauvais pour autant mais accuse simplement le poids des ans. La comparaison avec "
Batman : Minuit à Gotham", du même dessinateur, donne une idée du chemin parcouru... La colorisation est très laide et certaines cases, presque sans couleurs, nous font regretter une édition en noir et blanc dans la tradition des comics horrifiques tels les "
Tales from the crypt". Car "L'Héritage De Dracula" en possède l'atmosphère.
Dans cet opus apparaissent également les personnages du Joker et de Catwoman (sous un jour -ou plutôt une nuit- inédit), permettant à cet "elseworld" (récit imaginant les aventures d'un personnage dans un monde ou une réalité différents) de s'étendre dans sa réinvention de la mythologie de "Gotham City".
Le climax est par contre un peu expédié et les sentiments exprimés par Batman pour sa "promise" dégoulinent un peu de superficialité sirupeuse. Le combat final est également assez bâclé, mais les auteurs se rattrapent finalement sur une fin surprenante et sans concessions.
"Batman : L'héritage de Dracula" demeure au final une excellente réussite. L'ensemble, un peu court, n'est pas parfait, mais se révèle comme une épatante transfiguration du mythe de Batman. Un album qui plaira aux amateurs de récits gothiques réservés aux longues soirées d'Halloween, comme aux lecteurs avides de changement.