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3.0 étoiles sur 5
Pour les inconditionnels de Batman, 2 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman : Minuit à Gotham (Broché)
"Minuit à Gotham" est une aventure récente (2008-2009) du Chevalier Noir ; ce dernier, affrontant ses ennemis habituels (l'Épouvantail, Man-Bat, Killer Croc, etc.) s'aperçoit que leur mode opératoire a changé et découvre qu'un nouveau criminel, Minuit, est derrière ce changement. Minuit semble vouloir s'attaquer, de façon radicale, à la corruption de Gotham City. On retrouve ici Steve Niles, spécialiste des scénarios d'horreur (" 30 jours de nuit", " 28 Jours plus tard : Le contrecoup"), et Kelley Jones, qui a illustré la trilogie "Elseworlds", dans laquelle Batman devient vampire (" Batman et Dracula : Pluie de sang", " Batman : L'héritage de Dracula", et "Batman : La Brume pourpre", qui devrait sortir en juillet 2010). Le style graphique de Jones, original et riche en détails, reste touffu et rend parfois confuses l'articulation des cases et la compréhension de l'action ; mais c'est le scénario à la fois compliqué et prévisible de Niles qui déçoit. Niles avait déjà été scénariste de " Batman - Gotham County Line : Outre-tombe", album sauvé par un très bon graphisme, et qui aurait cartonné avec une intrigue mieux articulée et plus soignée, ainsi qu'avec une traduction digne de ce nom. À croire que Niles a des difficultés à tranposer ses histoires de zombies dans d'autres univers. On retiendra la traduction de Jérôme Wicky, qui signe là un bel effort, même si ce n'est pas parfait non plus. Au final, "Minuit à Gotham" reste un récit intéressant, mais prévisible, longuet, parfois confus, et dont une partie de l'intrigue lorgne quand même du côté de " Batman : Silence : Tome 1". Les inconditionnels de Batman se le procureront de toute façon.
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5.0 étoiles sur 5
Fantastik !, 1 novembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Batman : Minuit à Gotham (Broché)
Il s'agit d'une maxi-série datant de 2008 à 2009, créée par les spécialistes de l'épouvante Steve Niles (scénario) et Kelley Jones (dessin), sur le principe très à la mode depuis Batman : Un long Halloween de la "saison", c'est-à-dire douze épisodes publiés sur une année. L'histoire rappelle carrément celle du désormais classique Batman : Silence, avec le gros des ennemis de Batman lancé à ses trousses par un nouveau venu machiavélique qui, de son côté, arrache le c½ur de ses victimes en se faisant appeler "Minuit"... Mais la tonalité de cette série n'a rien à voir avec celle de Jeff Loeb et Jim Lee. Qui plus est, contrairement à un "Silence" immergé dans la continuité de l'univers DC, "Minuit A Gotham" est une histoire auto-contenue se déroulant dans le passé du personnage (absence de Robin, Gordon ne connaissant pas encore l'identité de l'Homme chauve-souris...). Elle est donc parfaitement accessible au néophyte. Niles et Jones nous concoctent une histoire à l'ancienne, telle qu'à l'époque des comics d'épouvante comme on pouvait les lire dans le magazine Fantastik, dans les Tomb Of Dracula de Marvel ou autres Vampirella ! Une tonalité très premier degré, gorgée d'humour noir et de fantaisie, mais fort bien emballée (c'est-à-dire avec une narration moderne et percutante, très éloignée de celle, ampoulée, des comics 70's auxquels elle fait référence). On peut reprocher quelques défauts à l'ensemble : Un sentiment de redite par rapport à Silence, un premier degré parfois naïf (bien évidemment volontaire) et superficiel, un dessin hypertrophié et peu réaliste (pourquoi Jones est-il incapable de donner deux fois la même tête à Bruce Wayne ?), ainsi qu'une énigme prévisible (encore que je ne suis pas forcément d'accord : il m'aura fallu attendre le huitième épisode -sur douze quand même- pour me douter de l'identité de l'assassin, et le chapitre 55 -sur 56 !- pour en être certain...). Mais j'y vois personnellement tellement de qualités, que je crie haut et fort à la grande réussite ! Conceptuellement, "Minuit A Gotham" est une merveille. Les références citées plus haut sont admirablement digérées par un duo d'auteurs qui nous régalent d'une histoire frissonnante "comme quand on était petits", mais sans aucun infantilisme. On pense au duo Jeff Loeb/Tim Sale pour l'effet nostalgique, mais sans la modernité visuelle et la prose épurée. Niles et Jones préfèrent un classicisme référentiel. Une manière différente de donner dans la création postmoderne. Ainsi, les planches de "Minuit A Gotham" regorgent de citations visuelles et sémantiques à tout un pan de la culture populaire horrifique qui viennent rappeler au sénior, à travers une sorte de nostalgie universelle, pourquoi il aime tant ce genre de lecture prétendument enfantine. Des plus évidentes (le moulin de Sleepy Hollow, le combat Batman/Killercroc calqué sur celui de King Kong et du tyrannosaure dans le classique de la RKO) aux plus obscures (une cour nommée "Hazel Court", actrice culte du cinéma d'épouvante des années 60 ; une église nommée "Fredric Francis", allusion à Freddie Francis, grand chef opérateur et metteur en scène de plusieurs films d'horreur de la Hammer), les auteurs nous promènent avec générosité et jubilation dans nos souvenirs et ravivent les frissons de notre enfance ! La partie graphique est éblouissante. J'adore Kelley Jones, je suis un fan absolu au point, éventuellement, de ne pas être objectif. Mais force est de constater le soin maniaque qu'il a déployé jusqu'au moindre détail pour nous plonger dans l'épouvante gothique des maîtres de la bd old school : Ses planches sont des modèles de composition baroque, qui pourraient être aussi belles en noir et blanc. Elles fourmillent de détails et d'ornements, venant parachever le voyage total dans la fantaisie la plus échevelée. Le bonhomme va à l'opposé du Batman réaliste comme on a pu le voir dans les récentes adaptations cinématographiques de Christopher Nolan. Il lui préfère au contraire une approche très "bd", dans le sens le plus populaire et le plus naïf du terme : Ses personnages sont donc volontairement hypertrophiés, ils prennent des poses improbables et réalisent des prouesses physiques impossibles. L'architecture des lieux, ultra-gothique, est rocambolesque, la "batcave" offre un décor dantesque et un déploiement technologique absolument irréalisable (surtout par deux hommes !), les costumes sont caricaturaux et invraisemblables (Batman se trimballe avec des oreilles de 50 cm et une cape d'au moins 8 mètres !)! Mais il se dégage de ces images un merveilleux parfum de poésie naïvement macabre, avec juste ce qu'il faut de mauvais goût, faisant ainsi corps avec la candeur du sujet, telles les rimes au service de la prose. Alors certes, "Minuit A Gotham" est un simple divertissement. Loin de moi l'idée, en lui accolant cinq étoiles, de l'élever au rang des créations majeures de son médium. Mais dans son genre, à savoir une bonne petite histoire gentiment horrifique à lire un soir d'Halloween (soit exactement ce que j'ai fait), gorgée de nostalgie et de références, il est... parfait.
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4.0 étoiles sur 5
Exercice de style oldschool, 4 juin 2011
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Il s'agit d'une minisérie (ou maxisérie) en 12 épisodes écrite par Steve Niles (scénariste de 30 jours de nuit) et illustrée par Kelley Jones, spécialiste des histoires décalées de Batman (au choix Batman et Dracula : Pluie de sang, ou Batman : Haunted Gotham, en anglais pour ce dernier). Dans cette histoire, un nouveau criminel exécute froidement des membres de la pègre et de la police ; il fait régner la terreur sur Gotham à tel point que plus personne n'ose sortir la nuit (donc plus aucun crime la nuit). Non seulement il a réussi là où Batman a échoué, mais en plus il semble lui en vouloir personnellement en manipulant ses ennemis les plus coriaces (Joker, Killer Croc, Catwoman, Scarecrow et Clayface). Pendant ce temps là, la police enquête sous la forme d'une belle femme nommée April Clarkson qui fait tourner la tête de Bruce Wayne et même de Batman. De son coté, Alfred Pennyworth est toujours aussi serviable, ironique et spécialiste hors pair dans tous les domaines scientifiques et techniques. D'un coté, ce récit est incroyablement oldschool : aucune profondeur psychologique, un coupable dont on devine vite l'identité, des méchants qui ne sont là que pour se faire taper dessus, une horreur plus suggérée que montrée, des méchants très méchants, un Batman invincible, un James Gordon fidèle et incapable de voir l'identité secrète de Batman, des dessins tout en poses théâtrales outrées, des prises de vues en plongées et contreplongées, des civils qui hurlent à plein poumon devant les crimes commis, une pègre en dessous de tout en terme d'efficacité... jusqu'à Michelle Madsen qui recourt à de gros à-plat de couleurs criardes, sans aucun effet de dégradés. D'un autre coté, ce récit kitch à souhait dégage un parfum d'aventure simple et d'horreur très années 70 irrésistibles. C'est vrai que la trame ressemble à s'y méprendre à celle de Silence où un mystérieux criminel manipule dans l'ombre les ennemis de Batman pour le détruire. Mais cette trame permet de mettre en scène de manière efficace plusieurs ennemis classiques, sans soucis de continuité ou de motivations plus ou moins crédibles. Et Steve Niles égrène les scènes attendus avec facilité et fluidité : Batman tombant sous les balles, Bruce Wayne rabrouant Alfred, Alfred faisant la leçon à Batman, le Joker en pleine crise de démence, etc. Il insère également des scènes moins attendues telles que Batman amoureux, Batman aux commandes d'un robot géant, un corps calciné, une scène d'ouverture de cercueil, etc. Kelley Jones est un dessinateur qui a choisi depuis longtemps un style à l'opposé du photoréalisme ; il préfère l'exagération outrée et anatomiquement incorrectes aux proportions harmonieuses, les poses théâtrales aux postures naturelles, les perspectives faussées au respect des dimensions, les décors gothiques aux intérieurs douillets. Dans ce tome, Kelley Jones s'est appliqué et cela se voit. Chaque exagération ou disproportion sert le dessin. Pour les décors, il a fait un effort de conception et le look gothico-rétrofuturiste de l'ordinateur de la batcave est une merveille visuelle. Les moyens de transports utilisés par Batman sont absolument et délicieusement improbables et délirants. À l'évidence, c'est un style qui ne peut pas plaire à tout le monde, fuyez si vous êtes allergique aux oreilles démesurément pointues de Batman, aux effets de cape immensément longue et tourbillonnante et aux postures grotesques. Kelley Jones est à l'unisson du scénario qui nous plonge dans une fantasmagorie macabre. Pour ma part, j'ai vraiment passé un bon moment à lire ce récit très simple et linéaire dans une première approche et assez savoureux à un deuxième niveau avec des dessins et une présentation très influencée par Bernie Wrightson et les EC Comics.
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