Troisième partie de la trilogie "Batman/Vampire", initiée avec
Batman - Dracula: Red Rain (épuisé en vf) et poursuivie avec
Batman : L'héritage de Dracula.
Dans cet ultime volet, les auteurs poussent la logique de la transformation jusqu'au bout et Batman sombre définitivement du côté obscur. Désormais, le pas est franchi : Il tue, dévore ses victimes et s'abreuve de leur sang. S'il avait perdu son humanité dans le premier récit, s'il s'était damné dans le second en prenant une vie, le voici à présent qui erre dans les limbes de la mort. Pas celle que l'on subit, mais celle que l'on commet.
Mais tout n'est pas aussi simple : Il existe encore un peu de lui-même sous cette carcasse démoniaque. Il se souvient donc que sa croisade consiste avant tout à éradiquer le crime et non à s'en prendre à des victimes innocentes. Dès lors, le concept du récit s'étoffe dans la mesure où le personnage doit lutter à corps perdu contre cette soif de sang et de meurtre qui le dévore de l'intérieur.
Doug Moench et Kelley Jones poursuivent l'étendue de leur "elseworld" (récit parallèle bâti sur une mythologie distincte) en introduisant les figures habituelles de Gotham City. De "Double Face" au "Pingouin", en passant par "Poison Ivy", "Killercroc", "l'Epouvantail" ou le "Chapelier Fou", tous finissent pas subir le courroux de l'Homme chauve-souris.
L'histoire est sans doute trop courte pour que les nombreuses figures puissent s'étoffer correctement, mais le scénariste parvient à trouver un équilibre très satisfaisant entre le rythme, l'action et la psychologie du personnage principal.
Le ton du comicbook est particulièrement horrifique. Quasiment chaque planche comporte son lot d'horreur et d'effets gores. De ce point de vue là, également, le dessinateur a poussé toujours plus loin le concept du récit en osant représenter un Batman de cauchemar, devenu littéralement un monstre qui n'a plus rien de son ancienne apparence humaine.
Comparé aux deux précédents opus, celui-ci bénéficie d'une mise en forme bien meilleure éditorialement parlant. L'encrage et surtout la mise en couleur étant de bien meilleure qualité que sur les autres tomes. Le dessin de Kelley Jones continue de s'affirmer et la narration de Doug Moench devient plus dense. La voix off qui permet au lecteur de pénétrer les pensées de Batman démontre une très belle qualité d'écriture, particulièrement littéraire.
L'histoire est terminée. Batman a achevé son voyage vers le côté obscur. Tient, il existe un certain Georges Lucas qui aurait bien fait de lire cette histoire avant de s'atteler à une célèbre et bien laborieuse préquelle...