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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Satire de la société de consommation,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Battle Royale, tome 4 (Poche)
Dans le prisme de rapports devenus anarchiques entre les individus et notamment entre adultes et adolescents, on redécouvre au fil de Battle Royale les processus de réhumanisation ou de déshumanisation que peuvent produire les situations limites et évidemment les dissensions qui se produisent déjà aujourd'hui dans la société et la jeunesse japonaise. Certes, il y a dans toute l'oeuvre une sacrée caricature, mais le choix de l'anticipation permet d'explorer ce que pourrait être l'avenir d'une société en crise, au bord de l'implosion même si en apparence, rien dans le système n'est remis explicitement en cause au Japon! Ces perspectives nourrissent donc une réflexion qui peut être intelligente quand elle dépasse la basique trame du jeu et le débat stérile sur la violence présumée gratuite... A travers les jeunes héros, tortionnaires en mal de téléréalité, l'argument de la faillite culturelle et sociale est terrible et fait directement allusion à la philosophie qui sous-tend ces programmes ainsi que celle de certains scénarios de jeux vidéo, consomption fantasmatique et suicidaire de la loi du plus fort.Difficile de ne pas retrouver aussi dans l'histoire un écho à "Sa Majesté des Mouches" de William Golding et à "1984" de George Orwell. L'acerbe critique de médias, des jeux vidéos, de l'informatique qui virtualisent les rapports au point de dissoudre le lien social donne un prétexte pour exalter les valeurs traditionnelles telles qu'elles sont perçues au Japon : "le courage, la solidarité, l'empathie, la responsabilité face à la lâcheté, l'indifférence et l'insouciance" suscités par l'évolution de nos sociétés consuméristes. Il y a aussi, en filigrane, une révolte contre le "fatalisme propre à une certaine pensée asiatique qui favorise la léthargie face aux événements, en fait la facette la plus ordinaire du conservatisme". D'ailleurs, on peut rapprocher Battle Royale d'une oeuvre plus occidentale dans sa forme mais tout aussi efficace : le V pour "Vendetta" d'Alan Moore et David Lloyd. A ceux qui ont vu le film et qui ne verraient pas l'intérêt de découvrir le manga, je dirais que les deux supports sont très différents et malgré les techniques cinématographiques adpotées dans l'art du manga, on découvre une approche en apparence identique dont le traitement pourtant diffère, en particulier à propos des personnages à la psychologie beaucoup mieux soignée ce qui donne l'impression que la violence rédibitoire est un peu dilatée ... Sous des airs de littérature de gare, destiné au défoulement des ados, Battle Royale n'est pas différent des manga jugés trop violents qui cultivent la plus large gamme de sentiments liés au relationnel pour créer chez le lecteur des impressions multiples qui troublent d'autant plus qu'elles alternent vite et souvent simultanément entre désarroi, ébranlement, trouble, stupeur, désaveu, dégoût, déception et émotion intime intense. Le manga est moins sophistiqué que des oeuvres cruelles comme Coq de Combat de Tanaka qui propose une vision hyper-réaliste de la société des mégalopoles, mais il reste très efficace du point de vue du propos et de la mise en scène. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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