Certes, le concept de départ est assez saisissant. Dans un Japon ayant dérivé vers un régime totalitaire, la classe dirigeante organise des tueries d'adolescents pour se distraire (et pour un autre motif particulièrement vicieux qui sera révélé à la fin du livre). Un « programme » est mené toutes les semaines dans ce pays renommé la République de Grande Asie.
Il consiste à mettre dans une arène naturelle (le plus souvent une petite île) une classe entière de collégiens de 3ème pour les obliger à s'entretuer. Le dernier survivant obtient la vie sauve et une récompense.
Quelle originalité. Les spectacles mettant en scène des combats à mort entre victimes innocentes ne sont pas nouveaux. Dans Spartacus on obligeait déjà les gladiateurs amis à s'entretuer pour sauver leur vie.
L'auteur ajoute simplement à l'horreur en appliquant son "programme" à des classes d'élèves de 3ème, âgés d'une quinzaine d'année.
Le livre consiste ainsi à suivre dans son intégralité les évènements d'une session de ce « programme ».
Tout est bien réfléchi, plutôt cohérent, il n'y a pas de failles évidentes dans la structure et la mise en place du récit, le comportement des personnages est globalement assez crédible.
Hormis les invraisemblances de la composition de cette 3ème B du collège de Shiroiwa (une classe dans laquelle se trouvent plusieurs psychopathes, une dizaine de délinquants, quelques prostituées, une paire de révolutionnaires dormants, des champions de sport, et des petits génies qui feraient passer Mc Giver pour un petit joueur de Légo), la psychologie des 42 élèves qui la compose est assez variée. Il y a ceux qui ont peur, ceux qui ne veulent pas se battre mais qui se défendront si on les attaque, ceux qui trouvent dans cette petite sauterie l'occasion de révéler leur vraie nature, ceux qui veulent mourir la main dans la main avec leur âme soeur, etc...)
Au début j'ai bien accroché, je me demandais ou l'auteur voulait nous conduire. Mais la route était longue et monotone.
Après une vingtaine de meurtres, chapitre après chapitre, j'ai vite commencé à m'ennuyer. Le schéma est celui d'un film d'horreur classique : les couillons meurent, les méchants sont des fous dangereux, les gentils éliminent leurs camarades à l'insu de leur plein gré, c'est d'un prévisible lassant et parfois grotesque. Comme dans les films d'horreurs, les filles crient et sont amoureuses, les méchants sont increvables, et il ne faut pas être trop exigeant avec le développement de l'intrigue.
On suit en particulier trois personnages : Kawada, Shuya et Noriko. La narration alterne leur point de vue avec des chapitres ou l'un de leurs camarades va en général trouver la mort. Au milieu du livre, il y a une petite trame narrative en langage SMS avec deux autres personnages qui semble t-il est très intéressante mais que je n'ai pas lue, parce que je n'ai pas fait sms en 3ème langue. Après avoir lu une dizaine de ligne dans ce langage pour grands brulés du cerveau j'ai commencé à manger les pages du livre. J'ai donc été contraint d'arrêter, l'encre étant mauvaise pour la flore intestinale. Mais bon, ce problème ne dure pas... l'auteur dans sa grande mansuétude y met rapidement fin.
La classe est composée de 42 élèves et Koushun Takami a pris le parti d'entrer dans le détail de chacune des éliminations en donnant à la fois le nom de la victime, un aperçu de sa vie, la façon dont il envisage sa situation morale et philosophique dans le « jeu » et un petit décompte à la fin de chaque chapitre pour donner le nombre de participants encore en lice. Cela donne au récit un côté très répétitif. Le livre fait plus de 800 pages au format poche. C'est vraiment long.
Par contre, c'est assez bien écrit, ça reste toujours assez fluide.
Je suis tout de même allé au bout du livre, pour un motif parfaitement légitime : je voulais connaître la fin. Et si elle est assez prévisible, elle est plutôt réussie.
Est il besoin de préciser que ce livre présente des aspects assez malsains et que je m'y suis parfois copieusement ennuyé ?
Sous couvert de dénonciation du totalitarisme et d'appel à la révolte, on y expose en long et en large l'extermination d'adolescents avec une complaisance puérile. Comme c'est pratique le totalitarisme. S'il n'existait pas, il faudrait l'inventer.