Ce premier tome de la série regroupe les épisodes #0 à 5, datant de 2011 et 2012. En réalité, c'est la suite du recueil
Batwoman : Elégie ("Detective Comics" #854 à 860), qu'il vaut mieux avoir lu avant. Tous les épisodes sont écrits par J.H. Williams III et W. Haden Blackman. Les dessins sont de J.H. Williams III pour la quasi-totalité, avec une mise en couleur du grand Dave Stewart.
Alors que sa cousine "Flammebird" rejoint Batwoman dans sa lutte contre le crime, une nouvelle ennemie apparait dans les brumes des quais de Gotham City. Une véritable monstruosité qui assassine les enfants en buvant leur âme... Parallèlement, l'agent Cameron Chase, spécialisée dans la surveillance des justiciers costumés, entreprend de démasquer la "Femme chauve-souris"...
La lecture d'"Elégie" avait été une grande claque pour votre serviteur. J'avais trouvé ce nouveau personnage très attachant et j'avais été bouleversé par sa tragédie. La suite ne pouvait qu'être moins bonne, puisque Greg Rucka, scénariste sur les épisodes issus de "Detective Comics", laissait l'écriture des nouveaux épisodes à son dessinateur...
Et bien votre serviteur avait tort : Ce nouvel arc narratif est une éclatante réussite.
Tout d'abord au niveau des images : Williams III réussit à faire encore plus beau et plus impressionnant qu'avec "Elégie". Ça a beau être difficile à croire, c'est pourtant vrai ! Ses planches sont exceptionnelles, somptueuses, magnifiquement lugubres, comme un poème d'Halloween. Le découpage conceptuel, souvent construit sur des double-pages, offre une composition architecturale (une structure et un habillage) d'une complexité, d'une virtuosité et d'un raffinement proprement ahurissants. Ainsi, dès qu'il s'agit d'épouser l'action, la tension ou l'émotion du récit, les vignettes deviennent "éclairs", volutes de fumée, flammes, chauve-souris, nappes de brouillard, chutes d'eau... Ce ne sont plus de simples planches de bande dessinées, mais de véritables tableaux. La mise en couleur de Dave Stewart est également toujours aussi conceptuelle, jouant sur les contrastes d'une palette minimale, dans laquelle le noir, le rouge et le gris s'opposent au blanc et à toute une déclinaison de tonalités turquoise. Et lorsque l'action laisse la place au quotidien domestique, les couleurs naturelles reprennent leur droit.
Nous sommes ici face à une génération de graphistes affiliés à l'industrie des comics qui parviennent à manipuler l'outil infographique avec une maitrise inouïe, non sans une réelle sensibilité artistique. Du coup, la lecture de ces 5 épisodes m'a pris à peu-près quatre fois plus de temps qu'il aurait fallu pour venir à bout d'une autre bande dessinée...
Et l'histoire, me direz-vous ? Et bien c'est la cerise sur le gâteau : C'est un très bon boulot du point de vue du scénario. Williams III et Blackman approfondissent la mythologie de leur héroïne en jouant aussi bien sur sa composante super-héroïque (et ses rapports avec Batman) que sur sa vie intime. La "ghost story" qu'ils développent en toile de fond n'est qu'un prétexte pour développer toutes les facettes de cet univers mais elle est traitée de manière onirique, tandis que le dessinateur et son coloriste parviennent à niveler par le haut son manque de substance grâce à une mise en image d'une densité extraordinaire. Ou la preuve de la supériorité de la FORME sur le FOND, lorsque la manière de raconter une histoire l'emporte sur son contenu. L'occasion de constater que le récit se développe ici davantage par le dessin et la composition des planches que par le texte.
Et même si les aléas de l'intimité de notre héroïne donnent parfois gentiment dans les clichés, l'ensemble tire encore son épingle du jeu et tend incontestablement vers une dimension originale. Car je n'ai pas le souvenir qu'une série 100% féminine ou qu'une super-héroïne gai aient été mises en scène d'une façon aussi juste et nuancée.
Parallèlement, les auteurs réussissent à condenser diverses intrigues secondaires en jouant là encore sur tous les terrains, réalistes ou fantastiques, qui finissent par donner une belle épaisseur à leur série. Et si vous aimez les univers gothiques, "Batwoman" est la série qu'il vous faut, quelque part entre
The Crow et Tim Burton...
Je ne lis pas tous les comics qui sortent chaque année, c'est certain. Mais j'en lis tout de même suffisamment pour en venir au constat suivant : Il n'y a pas beaucoup de comics de cette qualité dans le registre des super-héros.
Le commentaire de Barbuz nous rappelle que le prochain recueil, hélas, trois fois hélas, ne sera pas mis en image par J.H. Williams III...
Hors de question, quoiqu'il en soit, que je rate la suite de ces aventures.