Oskar, 16 ans, est un ado comme les autres, au sein d'une famille américaine, passionné de rock, il joue d'ailleurs de la basse et espère monter un groupe avec son frère aîné, Jeremy, 18 ans. Mais Jeremy, en quête d'un emploi, s'engage dans l'armée où il espère devenir constructeur de ponts. Le père semble peu enthousiaste face à ce départ mais ne dit mot.
Très vite, Jeremy se trouve confronté à une réalité qu'il n'avait pas pressentie : repéré comme excellent tireur, il ne construira jamais ses fameux ponts, mais de retrouvera sur le front et l'horreur de la guerre d'Irak.
Le roman est intelligemment construit : face à l'histoire légère d'Oskar qui vit sa vie d'ado et une histoire d'amour timide avec Marka (ils créeront d'ailleurs leur groupe de rock tous les deux) se trouve le contrepoint violent des emails de Jeremy à son frère. Si aux parents Jeremy envoie des lettres rassurantes, à son frère il ne cache pas la réalité de la guerre. Il termine chaque mail par la même phrase, leitmotiv des soldats : « be safe », qui signifie « reste en vie ».
Les personnages secondaires sont également intéressants, particulièrement le père, qui cache un secret vite découvert par ses fils : il a connu les horreurs de la guerre du Vietnam. Leur relation est vraiment bien vue, entre volonté de protéger et besoin d'expliquer quand même ce que fut sa réalité. La grand-mère, qui débarque de temps en temps avec ses romans d'amour à l'eau de rose, apporte une touche d'humour au roman, alors qu'elle y tiendra un rôle important plus grave. Et sans parler des amis et jeunes voisins qui ne reviendront pas forcément, de l'angoisse de leurs familles.
Roman engagé, qui allie à la fois simplicité de l'histoire occidentale d'Oskar (qu'on peut d'ailleurs trouver un peu édulcorée, idéaliste, peu crédible) et profondeur et gravité de la réalité irakienne de Jeremy. A noter que tout au long du roman, aucun lieu n'est cité, on pourrait très bien ne pas savoir où ça se passe, mais les éléments de l'histoire sont suffisamment limpides pour qu'on identifie très bien de quoi il est question.
Un très bon roman donc, récompensé par de nombreux prix, notamment ceux de collégiens (Prix des 13-16 ans de la ville du Mans et département de la Sarthe, par exemple)