Beach Music est un coffre renfermant un trésor inestimable.
Magnifique roman sur l'amour, l'amitié, la trahison, le pardon, l'enfance, la vie et la mort. L'horreur de l'Holocauste, celle de la guerre du Vietnam, vue à travers les campus universitaires et un groupe radical de la fin des années 60 menant des actions contestataires, l'enfance (sacrée) volée et maltraitée, les drames familiaux, les tragédies... et au milieu de tout cela, toujours l'espoir, toujours l'amour, toujours l'humour - souvent noir - comme arme pour avancer dans la vie, toujours la poésie et le chant de la nature et du renouvellement. Les parties de pêche de l'enfance, les fleuves, les bateaux, les barbecues, les crevettes, le poisson, l'amour du narrateur Jack McCall pour sa terre natale, la Caroline du Sud, et pour la bonne cuisine, imprègnent de façon omniprésente les pages de ce roman. J'ai senti dans ces pages honorant souvent la nourriture, la cuisson de chacun des aliments sur le feu et leurs effluves délicieux, j'y ai goûté. Les interactions mouvementées et singulières entre Jack McCall et ses quatre frères (dont un schizo dangereusement attachant), entre ses amis et ses propres parents, ainsi que sa fille, sont tout bonnement jouissives. Quant aux dialogues, ils font partie des plus géniaux, des plus drôles et des plus percutants qu'il m'ait été donné de lire. Un véritable festin de mots et de réparties toutes plus cinglantes et cocasses les unes que les autres. Pat Conroy est aussi un poète, un amoureux de la vie, qui malgré toutes les horreurs de l'histoire qu'il nous conte à travers la bouche de ses personnages et leurs parcours hors du commun, parvient à continuer de vous faire aimer profondément l'existence. Et puis il rend un de ces hommages à l'enfance et à l'amitié auquel on ne peut que succomber. Un hommage dont on a du mal à se remettre. Un passé sacré et intime rapporté avec un tel talent et un tel amour, une telle poésie, que l'on en vient forcément à porter un regard sur sa propre enfance, avec tendresse et nostalgie, et à s'accrocher en conséquence toujours d'avantage aux personnages du roman, révélant leur nature au fil du temps et des expériences. Tout cela contribue aisément à nous immerger avec un intérêt certain dans l'océan de narration que représente Beach Music. Personnages attachants, détestables, situations drôles ou épouvantables, descriptions parfaites et palpable des éléments, des évènements... y'a rien à redire, c'est du grand art. Beach Music est une magistrale leçon d'écriture et un exemple de mise en place du récit colossal. Je vous conseille vivement de vous lancer corps et âme dans la lecture de ce roman fleuve époustouflant, sans commettre l'erreur de vous arrêter en cours de route. Tout est assemblé pour aboutir à un chef-d'oeuvre ; chaque marche sur laquelle vous posez le pied vous conduit progressivement au sommet d'un édifice littéraire à couper le souffle, qui, s'il était un film, remporterait tous les oscars. Je ne dirais pas qu'il n'y pas parfois quelques longueurs ; normal, il s'agit tout de même d'un pavé de 900 pages ! alors c'est largement pardonnable dans la mesure où Pat Conroy nous en fiche plein les yeux, plein le c½ur, nous achève à bien des moments.
Bref, Beach Music fut un très grand moment de littérature pour moi, de ceux qui laissent une trace profonde dans votre c½ur et votre esprit. De ceux qui vous influencent et vous nourrissent. Les personnages me manquent, mais je penserai souvent à eux.