Après trois LP probants, Beatles For Sale marque un premier couac dans la carrière des « quatre garçons dans le vent », surnom hérité de leur premier film, A Hard Day's Night, dont la transposition discographique est le reflet de leur fulgurante ascension artistique. Paul McCartney et John Lennon s'approprient l'écriture et signent quelques perles mémorables dans la foulée. Mais l'année 1964 se termine moins bien qu'elle n'a commencé. Les Beatles se dispersent trop, veulent tout bouffer dans l'élan de cette réussite artistique, porté aveuglément par la Beatlemania qui les force à toujours en remettre une couche. Au final, c'est tout l'inverse qui se produit et les Fab Four, trop sollicités, usés jusqu'à la corde par les plateaux TV, les tournées (deux, en 1964, pour le seul compte des Etats-Unis), le cinéma, la radio, pris dans l'éreintante l'hystérie collective qui accompagne leur triomphe, ont un sérieux coup de moins bien, au moment d'aborder, entre août et septembre 64, ce qui est leur quatrième LP. C'est l'album de trop, les Beatles laissent leur inspiration au vestiaire, composent avec des reprises, ce qui est généralement annonciateur du syndrome de la page blanche. Prévu pour une publication pour les fêtes de fin d'année et pour respecter le rythme de deux albums par an, Beatles For Sale marque un retrait dans la qualité et de ce fait, ne répond pas aux attentes générées par l'opus précédent. Le résultat est moins heureux et c'est évidemment une grosse déception pour les fans. Sur les 14 titres, 6 morceaux sont repris à autrui : Words Of Love à Buddy Holly, Rock `n' Roll Music à Chuck Berry, le medley Kansas City (Jerry Leiber et Mike Stoller)/Hey Hey Hey Hey (Little Richard), le controversé Mr Moonlight à Roy Lee Johnson, Everybody's Trying To Be My Baby et Honey Don't à Carl Perkins. Toutes appartiennent à un répertoire que les Beatles connaissent sur le bout des ongles, puisqu'interprété régulièrement à l'époque du Cavern Club. Outre ces reprises, Beatles For Sale proposent quelques nouveautés composées spécialement pour cet album à savoir I'm A Loser, Eight Days A Week ou I Feel Fine, mais au final, rien de vraiment emballant, ce qui en fait un opus dispensable, pas essentiel, mais comme les Beatles en sont les auteurs, il est difficile de faire l'impasse. Heureusement, ce n'est qu'un passage à vide et, dès Help, les Scarabées remettent l'église au milieu du village, et avec Rubber Soul qui se profile à l'horizon, on s'apercevra que, finalement, Beatles For Sale n'est pas si anodin que ça: 3,5 (PLO54).