Higelin est grand. Si grand que même l'amateur de musique lambda finit par le savoir, si grand que même les médias télévisuels (qui l'avaient souvent boudé lui préférant quelque jeunesse plus immédiate ou quelque vieille barbe plus consensuelle) l'honorent désormais tel qu'il le mérite. Evidemment, le temps passant, le rocker français par excellence (et non, pas Jojo, pas Eddy et encore moins Dick) s'est forcément calmé (...ça ne date pas d'hier, remarquez) mais n'est cependant nullement en panne d'inspiration.
Cette fois, c'est à Edith Fambuena et Dominque Mahut qu'il a confié ses chansons (conjointement responsables de la production et des arrangements), une douzaine pour à peine plus de 45 minutes, en lieu et place d'un Rodolphe Burger (Kat Onoma) ayant fait un travail formidable sur le résurrectionnel
Amor Doloroso, sorti près d'une décennie après
Paradis païen, et son sympathique successeur
Coup De Foudre. Pour information, Edith a évidemment beaucoup joué avec Daho et participé à l'éphémère et recommandée formation Les Valentins tandis que Dominique Mahut est connu pour son rôle de percussionniste chez Bernard Lavilliers (où on le découvrit), Stephan Eicher, Jean-Michel Jarre, Hubert-Félix Thiéfaine, Peter Gabriel et, évidemment, Jacques Higelin avec qui il collabore régulièrement depuis 1985 et l'album
Aï. Bien entouré, Maître Jacques, donc.
A l'écoute, si on se dit que ce vénérable et toujours vert papy a de beaux restes (euphémisme inside !), on ne peut aussi que constater le caractère extrêmement apaisé, laidback presque de sa livraison de 2013 (la 18ème au total si on ne compte pas le split album avec Brigitte Fontaine sorti au milieu des années 60). Visiblement, audiblement, Jacques va bien, vit bien dans sa peau de septuagénaire et prend encore un énorme plaisir à créer... Bonne nouvelle ! Et ça commence fort avec l'onirique Balade au bord de l'eau, ouverture annonçant mille merveilles bientôt confirmées par une collection de chansons où, forcément, la personnalité débordante de l'auteur habite tout, de la cave au plafond... jusque aux cieux. Et ce n'est pas la modernité organique d'une production et d'arrangements aux petits oignons qui viendra démentir cet état de fait, au contraire ! Parce qu'il faut le dire, Higelin n'a jamais été soluble dans l'univers de ses metteurs en sons qui le servent plus qu'il ne s'en servent et, qu'en bon caméléon, il a toujours intensément apprécié de ne jamais trop se répéter.
De fait, ce Beau Repaire n'est, une fois de plus, que du pur Higelin où nous retrouvons logiquement les forces d'un auteur/compositeur/interprète jouant encore et toujours sur les cordes sensibles des émotions humaines en général et de l'amour en particulier. Concrètement, ça donne un album varié, mélodique, décontracté, optimiste et absolument réussi où pas un titre ne semble déplacé même quand y sont accolés des rythmes quasi caribéens (Seul), des guitares typiquement "Fambueniennes" (Tu m'as manqué), une ambiance New Orléans cuivrée rappelant un peu Dr. John (Tomorrow Morning) ou une invitée de marque (Sandrine Bonnaire sur le joli Duo d'anges heureux). Vraiment, Maître Jacques porte beau et nous entraîne sans peine et sans effort dans son monde à lui dont la richesse n'est plus à vanter.
En 2013, Higelin est toujours Higelin, un Higelin en belle grande forme a qui il reste encore suffisamment de cartouches pour contenter son public habituel et même, sûrement, convertir quelques brebis ô combien égarées. Et si, l'âge venant, le lion n'a plus les griffes aussi aiguisées, il rattrape sans peine cet émoussement inévitable par une grâce naturelle jamais démentie.
Un beau repaire, vraiment, dont on ne saurait trop recommander l'écoute pointilleuse à tous ceux qui apprécient la chanson française de qualité.