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Eels a réussi dès son premier album
Beautiful Freak un joli coup. Eels c'est en fait E (le leader) qui, après deux albums solos méconnus, monte un trio et s'associe au producteur Michael Simpson des Dust Brothers, ce qui vaut à l'album un petit goût d'
Odelay de Beck. La réputation du disque est assez méritée : E emporte l'auditeur dans un voyage à l'intérieur de son esprit pour en exprimer toute la verve et toute la noirceur. Entre comptines et traits d'esprit, E s'est révélé avec des morceaux à la fois sombres et gracieux comme "Novocaine For The Soul", "Your Lucky Day In Hell" ou "Not Ready Yet" comme un auteur-compositeur de premier ordre, bien servi par des instrumentations inventives à base de piano Wurlitzer et de samples.
François Bacherig
Critique
Pour un premier album, quelle entrée en fanfare dans le monde impitoyable des charts ! Eels peut se vanter en effet d’être le premier groupe signataire du célèbre label de Spielberg DreamWorks. Une incursion du studio hors Hollywood réussie, puisque l’album compte parmi les disques majeurs de l’année 1996. A l’écoute, on comprend bien vite que cette pop californienne-là est trop arrangée, trop iconoclaste, bref trop inclassable pour se rattacher à quelque chose de connu à ce jour. L’auteur et chanteur Mark Olivier Everett (plus connu sous le nom de E) est le fils d’un brillant scientifique, auteur de la théorie des univers parallèles infinis. A l’instar de son père avec la science quantique, le fils ne fait rien comme tout le monde de sa musique.
Dés l’intro de
« Novocaïne for the soul », une atmosphère douce d’oppression étrange se déroule paresseusement. Car E et son groupe (Butch à la batterie, et le bassiste Tommy Walters) cultivent leur différence monstrueuse et belle, comme l'annonce le titre du disque. Leurs chansons évoquent ainsi les délires d’un fumeur de crack (
« Susan’s house »), la tentation de racheter le monde pour le sauver morceau par morceau (
« Rags to rags ») ou l’amour pour une petite fille difforme (
« Beautiful freak »,
« My beloved monster »). Musicalement, on note une maîtrise du cut, du blanc et du silence hors norme : Le vide devient sens. Volontiers mélancolique, l’album évoque le Radiohead des débuts : guitare électrique et percussions accompagnés d’une voix marquée. L’excellent
« Guest list » aux accents blues côtoie le poignant
« Spunky »,
qui narre l’histoire d’un aveugle. La plongée aux enfers continue avec
« Your lucky day in hell », qui évoque le râle d’un mourant, pour se finir sur une rupture (
« Manchild ») qui rappelle REM. Dès ce premier album, qui cultive le merveilleux et le déprimant avec bonheur, se profile un groupe quasi-culte. La suite ne fera que renforcer cette impression.
Damien Waltisperger - Copyright 2012 Music Story