Ludwig van Beethoven composa trente-deux sonates pour piano (plus trois petites sonates de jeunesse Wo0 47, qu'il composa en 1782, alors qu'il n'avait qu'une douzaine d'années). Il s'agit de la somme la plus importante de sa production (exceptés évidemment ses "lieder", au nombre de quatre-vingt six, et ses abondants arrangements de "chants populaires", d'Irlande, d'Ecosse et du Pays de Galles en particulier). De 1784 à 1822 (cinq années avant son décès) s'étalèrent la rédaction de ses sonates ; hormis les dernières années de sa vie, Ludwig van Beethoven ne cessa d'écrire pour le piano, cherchant à traduire ses pensées les plus profondes par le biais de son instrument fétiche.
Les trois premières sonates pour piano de Ludwig van Beethoven portent le numéro d'opus 2. Elles furent composées entre 1794 et 1795, et dédiées à Franz-Joseph Haydn, qui fut professeur du jeune Ludwig van Beethoven de novembre 1792 à janvier 1794. Dans le troisième mouvement de la sonate n°2 en la majeur op. n°2, Ludwig van Beethoven remplaça le "menuet" traditionnel par un "scherzo", ce qui fut une marque primordiale de la pensée moderne du jeune compositeur. La critique et le public accueillirent ces trois sonates chaleureusement, mais leur dédicataire un peu moins : Franz-Joseph Haydn aurait dit à Ludwig van Beethoven "Vous ne manquez pas de talent, mais il vous faut encore vous instruire" (les deux hommes entretenaient des rapports pas toujours aisés : le maître tolérait assez mal l'audace et l'indiscipline de son élève). La sonate pour piano n°3 en ut majeur op.2 n°3 est la plus virtuose de ces trois sonates. La sonate pour piano n°4 en mi bémol majeur op.7 fut composée entre 1796 et 1797, et dédiée à la comtesse Anna-Luisa de Keglevics. Ludwig van Beethoven baptisa son oeuvre de "Grande sonate" ; elle fut publiée seule, ce qui était inhabituel pour l'époque. Les trois sonates suivantes (n°5 à 7), font partie de l'opus 10. Elles furent composées en 1797 et dédiées à la comtesse Anne Margarete von Browne (la femme du mécène de Ludwig van Beethoven). La sonate pour piano n°5 en ut mineur op.10 n°1 fut accueillie tièdement par la critique : "Il n'y a pas beaucoup d'artistes auxquels on puisse dire : "Epargne tes trésors et uses-en avec ménagement"...". La sonate pour piano n°7 en ut majeur op.10 n°3 est plus longue que les deux précédentes de l'opus 10 et elle se situe à un niveau assez supérieur que celles-ci. La sonate pour piano n°8 en ut mineur dite "Pathétique" op.13 fut composée entre 1798 et 1799 ; elle fut publiée sous le titre français "Grande sonate pathétique", avec une dédicace au prince Carl von Lichnowsky, mécène de Ludwig van Beethoven depuis l'arrivée à Vienne en 1792 du tout jeune compositeur. Cette sonate appartient à la période où Ludwig van Beethoven commençait à affirmer son propre style et à se détacher à l'influence de Franz-Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart. Brillante et novatrice, certains musicologues considérèrent par le passé et considèrent actuellement cette sonate comme le premier chef-d'oeuvre pianistique de son auteur. Les sonates pour piano n°9 en mi majeur et n°10 en sol majeur de l'opus 14 furent composées en 1798 et dédiées à la baronne Josefa von Braun. La sonate pour piano n°9 en mi majeur op.14 n°1 est, malgré la numérotation, antérieure à la sonate pour piano n°8 en ut mineur dite "Pathétique" op.13 ; Ludwig van Beethoven en fit un arrangement pour quatuor à cordes en 1802. La sonate pour piano n°10 en sol majeur op.14 n°2 fut composée avant la sonate pour piano n°9 en mi majeur op.14 n°1, mais publiée après, ce qui lui vaut cette numérotation-là. La sonate pour piano n°11 en si bémol majeur op.22 fut composée entre 1799 et 1800, et dédiée à son mécène le comte von Browne. La sonate pour piano n°12 en la bémol majeur op.26 fut composée entre 1800 et 1801 et dédiée à son mécène le prince Carl von Lichnowsky. Ludwig van Beethoven donna le titre de "Marche funèbre sur la mort d'un héros" au troisième mouvement de cette sonate ; actuellement, personne ne sait à quel "héros" Ludwig van Beethoven fit référence. La structure de cette sonate est inhabituelle ; elle débute par un mouvement lent, "andante" sur un "thème et variations", avant de se poursuivre classiquement par le schéma "rapide-lent-rapide". La sonate pour piano n°13 en mi bémol majeur op.27 n°1 fut composée entre 1800 et 1801 et dédiée à la princesse Liechtenstein. Elle est intitulée "Sonata quasi una fantasia", ce qui traduit l'idée d'un style proche d'une improvisation. La sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur dite "Claire de lune" op.21 n°2 fut composée en 1801 et dédiée à la comtesse Giulietta Guicciardi, une jeune femme de dix-sept ans dont Ludwig van Beethoven était amoureux. Comme sa "jumelle" (la sonate pour piano n°13 en mi bémol majeur op.27 n°1), Ludwig van Beethoven l'intitula "Sonata quasi una fantasia". Cette sonate fut écrite dans une période de crise morale que traversait son auteur, qui prenait conscience de sa surdité croissante. Son succès fut considérable, tant auprès de la critique (qui parla d'une fantaisie d'une unité parfaite, inspirée par un sentiment nu, profond et intime, taillé d'un seul bloc de marbre) que du public. Des années plus tard alors qu'il composait des oeuvres plus audacieuses encore, Ludwig van Beethoven s'irrita du succès de cette sonate qu'il estimait moins bonne que les autres. Le surnom de "Clair de lune" lui fut attribué par le poète allemand Ludwig Rellstab en 1832 ; il voyait dans le premier mouvement "adagio sostenuto" l'évocation d'une "barque au clair de lune sur le Lac des Quatre Cantons". Ludwig van Beethoven ne sut jamais rien de cette appellation subjective, dont il est fort possible qu'elle ne traduise nullement les intentions du compositeur. La sonate pour piano n°15 en ré majeur dite "Pastorale" op.28 fut composée en 1801, publiée sous le titre de "Grande sonate pour le piano-forte" et dédiée au comte Joseph von Sonnenfels. Crantz, l'éditeur de Ludwig van Beethoven, lui attribua le titre de "Pastorale". Cette sonate fut composée quelques semaine après la sonate pour piano n°14 en ut dièse mineur op.27 n°2, durant la période morale difficile que traversait Ludwig van Beethoven ; mais rien n'y paraît dans cette oeuvre somme toute sereine. Les trois sonates suivantes, n°16 à 18, portent le numéro d'opus 31. Elles furent composées en 1802 et dédiées à la comtesse Anna Margarete von Browne. La sonate pour piano n°16 en sol majeur op.31 n°1, malgré sa numérotation, fut écrite après la sonate pour piano n°17 en ré mineur dite "La tempête" op.31 n°2. Cette dernière doit son surnom "La tempête" non pas à son auteur, mais c'est pourtant bien lui qui aurait conseillé à ses auditeurs de lire la comédie "La tempête" de William Shakespeare pour en comprendre le sens de sa sonate. L'atmosphère plus sombre que recèle cette sonate par rapport à celles composées à cette période s'explique au désemparement du compositeur devant sa surdité qui s'affirmait de plus en plus. La sonate pour piano n°18 en mi bémol majeur op.31 n°3 est la dernière des sonates de Ludwig van Beethoven à comporter plus de trois mouvements, hormis les sonates pour piano n°28 en la majeur op.101 et n°29 en si bémol majeur dite "Hammerklavier" op.106. C'est également la dernière sonate de son auteur à inclure un authentique "menuet" de facture classique. Les sonates pour piano n°19 en sol mineur op.49 n°1 et n°20 en sol majeur op.49 n°2 furent respectivement composées en 1798 et 1796 ; elle ne parurent qu'en 1805, ce qui explique leur numéro d'opus avancé. Elles sont toutes deux nommées "Sonates faciles". La sonate pour piano n°23 en ut majeur dite "Waldstein" op.53 fut composée entre 1803 et 1804 et dédiée au comte Ferdinand von Waldstein, ami et protecteur de Ludwig van Beethoven depuis 1784. Son surnom de "Sonate Waldstein" lui est resté attaché. La sonate pour piano n°22 en fa majeur op.54 fut composée en 1804. Elle ne comporte aucune dédicace, ce qui est assez rare dans le catalogue des oeuvres de Ludwig van Beethoven. La sonate pour piano n°23 en fa mineur dite "Appassionata" op.57 fut composée entre 1804 et 1805 et dédiée au comte Franz von Brunswick, ami et admirateur de Ludwig van Beethoven. C'est une sonate sombra et très mouvementée. Le titre fut ajouté ultérieurement par l'éditeur du compositeur. Par la suite, l'écrivain français Romain Rolland qualifia cette oeuvre de "torrent de feu dans un lit de granit". La sonate pour piano n°24 en fa dièse majeur dite "A Thérèse" op.
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