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13 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Tradition et modernité,
Par Savinien (Liège, Belgique) - Voir tous mes commentaires (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR) (TOP 10 COMMENTATEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven : Intégrale des Quatuors à cordes (Coffret 7 CD) (CD)
Natalia Prischepenko a vingt ans lorsqu'elle est lauréate du prestigieux Concours Reine Elisabeth de Belgique, en 1993. Originaire de Russie, elle y a reçu l'enseignement de Zakhar Bron (lui-même élève de David Oistrach), ce qui lui a permis de remporter le Concours d'Union Soviétique à l'âge 15 ans. Cette même année 1988, Bron quitte le Conservatoire de Novosibirsk pour la Musikhochschule de Lübeck (où il restera jusqu'en 1997, avant de partir pour Cologne); ses élèves les plus prestigieux le suivent en Allemagne, dont Prischepenko, mais aussi Vadim Repin (qui remportera le CMIREB en 1989, alors qu'il a 17 ans) ou encore Maxim Vengerov.En 1989, à Lübeck, Prishepenko se joint à d'autres étudiants pour fonder le Quatuor Artémis : elle y figure avec Heime Müller au violon, Volker Jacobsen à l'alto et Eckart Runge au violoncelle. Les musiciens bénéficient également de l'enseignement de Walter Levin, le premier violon du Quatuor LaSalle (en outre professeur à la Chapelle Reine Elisabeth). La formation deviendra professionnelle en 1994; elle se distinguera alors dans des compétitions internationales. En 1998, les quatre archets passent plus d'une année d'étude supplémentaire à Vienne, sous le parrainage du Quatuor Alban Berg. En 1999, leur carrière démarre réellement à la Philharmonie de Berlin; placés sous la bénédiction des Berg, mais aussi des Emerson et des Juilliard. Leur réputation internationale ne fera plus que croître, grâce notamment à leurs interprétations de Beethoven. En 2007 le quatuor sera renouvelé de moitié avec l'arrivée de Gregor Sigl et Friedemann Weigle. Mais avec la continuité imprimée par les fondateurs Prishepenko et Runge, la formation parvient à garder toute son identité et son empreinte sonore. A partir de 2005, le Quatuor Artémis s'est attelé pour Virgin au saint monument du répertoire : le cycle des quatuors à cordes de Beethoven. Chacune de ces parutions (ou re-parutions, car quelques quatuors avaient déjà été édités auparavant sous un label défunt depuis) reçut un accueil élogieux, tant dans le monde professionnel que mélomane. Aujourd'hui le périple s'achève avec ce coffret intégrale, qui s'inscrit dans la foulée de leur tournée mondiale de deux ans dans laquelle, de Berlin à Vienne, de Londres à Bruxelles, de Paris à Rome, de New York à Los Angeles, les Artémis ont interprété le cycle complet dans des concerts marathons de six soirées. Tout au long de ce périple beethovénien, on retrouve les mêmes caractéristiques de la formation berlinoise : une grande technicité pétrie de rigueur, un sens remarquable de l'architecture et des phrasés, une maîtrise qui confère à l'aisance, une tension permanente née d'une musicalité étrésillonnée d'énergie vitale, un dynamisme à la fois souple, généreux et passionné. Un Beethoven analytique mais intense, perclu d'urgence et d'invention, le tout dans une unité constitutive des quatre archets et un équilibre qui tend à la perfection. Manifestement les Artémis ont su tirer un enseignement salutaire de leurs mentors viennois; mais ils ont également eu l'intelligence de ne pas chercher à le reproduire. Ils contruisent et revendiquent ainsi une école berlinoise, s'appuyant sur les traditions viennoises pour mieux se tourner vers la modernité. Une formation profondément enracinée à la capitale allemande, dont elle revendique le caractère moderne et multiculturel qui l'inscrit comme une grande ville de son temps. Signalons que les quatuors sont ici groupés différemment que dans l'édition simple (de manière plus chronologique, contrairement aussi à leurs programmes de concerts où ils mêlaient allègrement les quatuors des trois périodes). En complément des 16 quatuors, on trouvera avec plaisir la plus rare transcription (réalisée par le compositeur) de la sonate pour piano n°9 op. 14 nº 1 (comme ils aimaient à l'inclure durant leur tournée mondiale). Une intégrale d'une grande homogénéité et d'une grande force, dans une prise de son globalement excellente. Cette interprétation des quatuors de Beethoven s'inscrit donc tout en haut des enregistrements à recommander dans ce répertoire, en porte-drapeaux des interprêtes de ce XXIème siècle (avec l'autre référence de la décennie : les Prazak). Pour reprendre une phrase récurrente d'Eckart Runge dans les interviews liés à leur tournée, "une interprétation se doit toujours d'être le reflet de son époque", et à propos de la musique de Beethoven : "C'est un dialogue parfait entre la tradition et la modernité, le raffinement intellectuel et l'émotion brute." Dont acte. PS : Une note tout de même pour fustiger l'éditeur : ce coffret Artémis comporte bien entendu le Quatuor n°10 op.74 ; mais celui-ci n'est jamais paru en disque séparé ! Cela signifie que ceux qui ont acquis patiemment chaque album depuis six ans sont maintenant obligés d'acheter le coffret pour compléter leur intégrale avec l'opus manquant ! Voilà un procédé commercial qui ne mérite que deux adjectifs : pitoyable et scandaleux !! Messieurs, les éditeurs, les mélomanes ne vous disent pas merci. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
oui, réussite,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Beethoven : Intégrale des Quatuors à cordes (Coffret 7 CD) (CD)
Après les avoir eu en CD séparés sauf un, le dernier paru, j'ai tout réécouté, donc en ordre chronologique dans ce coffret. Voilà, je confirme, une belle intégrale qui tient fort bien la route. Et, ayant probablement toutes les intégrales de ce massif de chambre beethovenien (et je ne plaisante pas, hihi, je pourrais vous en faire le listing), j'ajouterai que la plus proche de mon coeur reste, toutefois et décidément, celle des Juilliard sur CBS, dont je m'étonne que ce soit aussi celle dont les esprits éminents ne parlent pratiquement jamais... (de même que la mode fugitive du jour est de ne plus jamais faire référence, par exemple, aux Italiano...). Sic transit.
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