Cette réédition de l'intégrale des Sonates et des Concertos pour piano de Beethoven enregistrée par Alfred Brendel dans les années 70 (sa 2e intégrale sur 3 au total pour ce qui concerne les Sonates, et sa 2e intégrale sur 4 pour ce qui concerne les Concertos) est bienvenue, mais nécessite quelques remarques et mises en garde.
Cette deuxième intégrale, encore plus approfondie et réflexive que
la première (cf. aussi le coffret
Brendel/Brilliant) et bénéficiant surtout d'une bien meilleure prise de son, a aussi l'avantage de posséder une unité de ton plus forte que
la troisième.
On peut néanmoins, par moments, reprocher à cette deuxième intégrale, un léger manque d'animation, un ton un peu trop uniformément réflexif et méditatif ou retenu. Sur ce plan, la troisième intégrale pourra parfois (mais pas toujours) paraître préférable.
Cette intégrale des Sonates est complétée par l'intégrale des Concertos (y compris la Fantaisie Chorale) gravée à la même époque avec le London Philharmonic dirigé par Bernard Haitink. Ces interprétations, très cohérentes et d'un beau classicisme, ne manquent pas de charme et méritent d'être connues. On peut néanmoins leur préférer (pour les concertos uniquement) les enregistrements live réalisés en 1983 avec le Chicago Symphony Orchestra dirigé par James Levine. Ceux-ci, remarquables par leur intensité et leur prise de risque, sont disponibles sous deux formes: soit
sans Fantaisie Chorale, soit
avec la Fantaisie Chorale enregistrée dans les années 70 avec Haitink.
Enfin, et en raison de toutes ces remarques, il est impératif de signaler qu'il existe une
autre édition (qui plus est, moins chère!) de cette 2e intégrale des Sonates, couplée avec les 5 Concertos enregistrés en 1983 avec Levine (au lieu de ceux avec Haitink) et complétée par la Fantaisie Chorale enregistrée avec Haitink.
Celui qui souhaite acquérir cette 2e intégrale des Sonates a donc le choix entre deux solutions: soit la remarquable unité de ton proposée par le présent coffret (tous les enregistrements datant de la même époque et ayant été réalisés en studio), soit un ensemble quasi identique, mais qui remplace les Concertos en studio avec Haitink par les Concertos live avec Levine.
Pour finir, voici comment cette 2e intégrale des Sonates était critiquée dans le Dictionnaire des disques et des compacts rédigé par la revue Diapason et publié chez Bouquins en 1991: "La seconde version d'Alfred Brendel - assez différente de la première - retrouve, avec une extraordinaire plus-value technique (piano et prise de son); la leçon de Wilhelm Kempff et surtout d'Edwin Fischer. Vision réflexive, analytique, d'une clarté habitée et inquiétante. Brendel articule supérieurement la plupart des sonates de jeunesse; son intériorisation intellectuelle et parfois épurée se double souvent d'une luminosité ardente, supérieurement subtile, du phrasé. Ses versions de la Sonate "Waldstein", de l'opus 110, de la Sonate "Tempête", de l'opus 27 n° 1 "Quasi una fantasia" ou même de la "Pathétique", de la 18e Sonate et de l'opus 109 triomphent par la flexibilité des nuances, l'extrême originalité de l'éclairage harmonique, l'allure improvisante et modératrice. En revanche, l'"Appassionata", la "Hammerklavier" et l'opus 111, trop "coloristiques", pèsent en regard d'évidence moindre."