J'avais gardé un souvenir très puissant du dernier enregistrement de la 32e sonate par Arrau (emprunté dans une médiathèque à l'époque): le mouvement lent était d'une intériorité, d'un chant, d'une émotion, inouïs. C'est donc avec impatience que j'ai acheté ce coffret et je n'ai pas été déçu. La 32e sonate est en effet miraculeuse, mais elle n'est pas la seule: Arrau, à plus de 80 ans, joue bien sûr parfois avec moins d'aisance que dans son intégrale des années soixante, mais ici il va plus loin, fouillant chaque mouvement et construisant dans le son des moments d'une tension et d'une vision inoubliables. De plus la prise de son de ces enregistrements des années 1980-90 rend bien mieux justice à la sonorité immense, lourde (au sens positif de ce qui a du poids), riche, d'Arrau que celle des années 60. Comme l'écrit André Tubeuf dans son texte de présentation: dans ces enregistrements, Arrau est comme Empédocle au bord de l'Etna, il se jette dans le feu et nous entraîne avec lui. Et même si ce parti pris surcharge un peu les sonates plus légères de ton (16 ou 18 par exemple), il se justifie pleinement parce qu'il est le seul qui nous fasse autant entendre ce qu'il y a de "métaphysique" dans cette musique. A noter que les enregistrements des sonates 14 et 29 datent, eux, des années 60.