...enregistrées par Arturo Toscanini, Carl Schuricht ou qui vous voudrez, cette version de novembre 1989 fut un événement discographique.
Piochant ce qu'on pouvait entendre de monumental sous d'autres baguettes, sciant à blanc-étoc une certaine tradition interprétative qui n'y voyait que ferveur et solennité, le chef anglais libère des torrents d'enthousiasme dans le Gloria. Et partout aiguise le trait, allège la texture...
Quand on a longtemps fréquenté les témoignages d'Otto Klemperer ou Karl Böhm (certes toujours indispensables dans la compactothèque de l'honnête mélomane), on reçoit ici un choc esthétique. Qui, passée la surprise, se renouvelle pour ma part à chaque écoute. Non un effet de mode, mais un ébranlement profond.
Lors des sessions captées en l'église All Saint de Londres, Gardiner et ses troupes avaient d'abord enregistré l'oeuvre par section quand ils décidèrent de la réenregistrer d'une seule traite : ce qui fut publié témoigne spontanément de cet enthousiasme ravageur. Au même moment tombait le mur de Berlin. Quelle coïncidence !
Sur instruments d'époque, les soixante musiciens du bien-nommé « orchestre romantique et révolutionnaire » mettent le feu aux poudres.
Les trente-six choristes vibrent comme une même âme, tranchent comme une seule lame.
L'homogénéité des quatre solistes est exemplaire. Remarquablement équilibrée en masse comme en perspective, la très fine prise de son offre une délectable fusion des timbres instrumentaux et choraux. Les démarrages en trombe, les dégradés qui brasillent dans le sillage : contrastes et nuances, tout est à couper le souffle.
Les vrombissants bruits de guerre de l'Agnus Dei donnent le frisson !
Comparé à ce qu'indique la partition, on pourrait certes contester la diligence de certains tempi, notamment pour le Credo. Mais quand ils sont assumés avec une telle précision rythmique, une telle pureté d'intonation, on crie bravo !
Le livret du CD reproduit le texte liturgique en latin et sa traduction française, ainsi qu'un commentaire de présentation signé d'André Boucourechliev.
Un regret ? Un seul : les cinq plages du disque auraient pu être indexées pour permettre à la télécommande d'accéder plus directement à l'intérieur de chacune des cinq parties de cette messe.