Il aura donc fallu 13 années à Stephen Kovacevich pour réaliser son intégrale des sonates de Beethoven ; mais notre attente est largement récompensée, car il s'agit à mon sens de la plus belle intégrale jamais gravée, même si le jeu de Kovacevich, très personnel, la classe d'emblée à part. Mais ce jeu, pour atypique qu'il soit, est du niveau des Arrau (pour la profondeur insondable), des Pollini et Gilels (pour la violence sèche), des Serkin et Kempff (pour la poésie ineffable), et en tout cas bien supérieur à mon sens à un Brendel, pourtant beaucoup plus médiatisé (écoutez pour vous en convaincre la Hammerklavier!) Si vous possédez déjà une (voire plusieurs) intégrale(s), celle-ci n'en doublonnera aucune ; si vous n'en possédez pas, achetez celle-ci les yeux fermés, vous serez tranquilles pour longtemps, et cherchez les autres disques de ce pianiste hors normes, ses Schubert et ses Brahms sont du même niveau !