Une intégrale est un exercice périlleux. D'abord pour l'interprète qui doit "entrer" dans l'oeuvre comme on entre en religion, tenir la distance, et exprimer l'inexprimable, cette part indéfinissable du compositeur qui transcende les différentes pièces musiclaes. Ensuite pour l'éditeur qui doit réussir à engager un interprète dans cette voie, à lui donner les moyens techniques, et à assurer une prise de son irréprochable. Enfin pour l'amateur qui hésite devant le petit investissement que représente l'acquisition d'une intégrale, mais surtout devant la pléthore de choix possibles.
Ce coffret de DG, réédité de façon ininterrompue depuis les années 60, est un monument discographique. D'abord bien sûr parce que Wilhelm Kempff a su merveilleusement "entrer" en Beethoven et donne de façon très homogène depuis la première jusqu'à la fameuse 32 op 111, une lecture magistrale de ce panthéon beethovénien. Il suffit pour s'en convaincre de se plonger tout de suite dans la 14, la fameuse clair de Lune, célébrissime parmi les célébrissime, ou la 29 Hammerklavier pour comprendre en quoi Kempff ne flatte ni son égo, ni quelque mode par des effets démesurés, des variations de tempos ou une lecture extrapolée de la partition. Sa lecture est juste, posée, retenue, diablement irréprochable tant sur la technique pure que sur les modulations subtiles qui rendent les silences étourdissants et les allegro presque recueillis.
La prise de son des années 60 est de la meilleure époque de DG et le livret est très complet.
En face de cette intégrale, celle de Brendel assurémment mais aussi l'excellente version plus ancienne d'Arrau. Quant aux sonates, de façon isolée cette fois, on trouvera c'est sûr dans la discographie des versions sublimes. Je n'en citerai qu'une la sonate 32 par Antonio Michelangeli Benedetti qui se détache très au dessus de toutes autres.
Au final, l'intégrale de Kempff est certainement une des toutes premières briques à poser dans une discothèque idéale de musique classique.