Composées vers 1794-1795, ces sonates marquent en quelque sorte un point de rupture dans l'histoire du piano, une sorte de Nouveau Testament offrant une transition entre le modèle de sonate de Haydn - à qui elles sont dédiées - et cette vie nouvelle que Beethoven va insuffler dans le monde du piano en élevant le genre de la sonate à l'état d'art monumental. Tous les germes de cette révolution musicale sont déjà en place, bouillonnement d'idées au service d'une structure et d'une technique innovante du clavier.
En maître absolu de son instrument, Pollini se fait le prophète de la bonne parole Beethovénienne, soulignant comme personne cette structure et cette technique qui seront le nouveau credo du monde pianistique. Comme à son habitude, c'est en intellectuel visionnaire que le pianiste italien explore ces oeuvres, radiographiant leur architecture comme peu de pianistes peuvent le faire.
Les critiques - je préfère dire les caractéristiques - qui lui sont généralement accolées restent bien sûr d'application : ceux qui attendent un engagement émotionnel ou un Beethoven imaginatif et festif resteront sur leur faim. Mais pour ce qui est d'une vision de l'oeuvre prise dans son ensemble, du dessin de la structure sur laquelle elle repose, et en matière d'anticipation de ce Beethoven à venir (écoutez en cela l'adagio de la troisième sonate), le jeu tout cérébral de Pollini demeure d'une acuité exceptionnelle.
C'est précisément cette dimension rare qui rendent les Beethoven du dernier Pollini quasiment indispensables dans la discographie (évidemment non exclusive) de ce répertoire.