Les superlatifs manquent pour décrire l'expérience (car c'en est une) que constitue l'écoute de ce concert. On est d'abord dubitatif, presque déçu (la prise de son de concert y est pour beaucoup), et puis la tension du concert monte, les tempis de Kleiber (très rapides, d'autant qu'il n'effectue aucune reprise) aidant. La maîtrise absolue qu'il obtient de l'orchestre est faramineuse, on est frappé par la beauté des phrasés, et on se retrouve vite grisé, emporté dans une sorte de transe quand éclate l'orage, le plus beau de toute la discographie (les timbales , les cordes graves qui grondent !), qui enchaîne sur le dernier mouvement, appolinien, sublime (les cors !)
Quand on sait que Kleiber n'a dirigé cette oeuvre qu'une seule fois, on ne peut que remercier le preneur de son pour un tel cadeau. Et l'on comprend l'état des spectateurs présents ce soir-là, qui, passé le dernier accord, n'osent pas applaudir, avant de laisser éclater le triomphe mérité (le disque a opportunément conservé ce moment magique).
Ce chef est un génie, et puis c'est tout.