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Disparu en 1963, le chef d'orchestre d'origine hongroise a laissé d'incontournables références dont cette gravure qui marqua d'ailleurs l'une des premières parutions de DG en stéréo. Fricsay fait sonner chaque pupitre avec une intransigeance et une lucidité totales. Petit à petit, ce que l'on prenait pour de la froideur s'estompe ; il ne subsiste alors que la légèreté qui laisse briller la puissance des timbres du Philharmonique de Berlin. Le plateau vocal est exceptionnel de force, d'implication, à l'image des premières phrases de Fischer- Dieskau. Pour ceux qui cherchent une lecture aux antipodes des préoccupations métaphysiques de Furtwängler et de Karajan, voici une interprétation passionnante de vie, d'urgence, d'une humanité en quête de son salut. -- Étienne Bertoli
Cette Neuvième, réalisée en décembre 1957 en studio, était le premier jalon de ce qui devait être une intégrale des symphonies de Beethoven que la mort prématurée de Fricsay laissera malheureusement inachevée. En écoutant cet enregistrement, tout comme les symphonies nos 3, 5, 7 et 8 que Fricsay a aussi eu le temps de diriger, on peut regretter que le projet d'intégrale n'est pas pu être mené à terme. L'interprétation est splendide, parfois lente (premier et troisième mouvements), parfois plus vive (finale), mais toujours intense et d'un lyrisme rare. La baguette de Fricsay est gaie, franche, naturelle. Le Philharmonique de Berlin sonne très bien, sachant être élégiaque (l'Adagio sublime) ou puissant (le fortissimo du premier mouvement, la première apparition du thème final en tutti) quand il le faut. Une interprétation formidable, accessible et joyeuse que tout mélomane se doit de posséder.
Ceux qui connaissent les versions de Karajan de cette symphonie seront très surpris par la lecture de Fricsay. Ici, pas de char d'assaut qui fait peur et veut sauver l'humanité coûte que coûte, mais une douceur, un lyrisme, une mélancolie, un sourire entre les larmes que devraient faire un effet incroyable sur les berlinois, leur ville étant encore largement en ruines dans cette hiver 1957/58. C'est une neuvième humaine, très humaine, humble, douce, pas pressée, qui porte le message de l'espoir mais sans néanmoins l'imposer à quiconque. La musique de Beethoven jouée de cette façon nous montre une face de ce compositeur qu'on oserait à peine croire sans Fricsay. L'adagio est joué dans l'esprit d'une sérénade de Mozart, avec un équilibre parfait entre les pupitres et des couleurs insoupçonnées. Écoutez la douceur du début du quatrième mouvement: pas de menace, pas de cataclysme. Tout est gagné parce d'abord on l'a cru. Ici, pas de bataille pour la Paix. Elle y était de toute façon! Et quelle joie dans le finale! Pas naïve, mais fraîche et sincère. Les sonorités et les nuances de l'orchestre sont tellement belles qui on se pose la question; est-ce réel? Comment est-ce possible obtenir d'un orchestre, aussi bon soit-il, des nuances délicates et des couleurs nouvelles dans une œuvre qu'on croyait connaître? Réponse: un miracle.
Dans la jungle des enregistrements de la 9° de Beethoven, celui-ci arrive à se faire une place au soleil. Voici d'abord une rare occasion d'entendre l'OPB des 1° années post-Furtwängler en stéréo (et quelle stéréo), avec ces pupitres d'une densité irradiante, que Karajan modifiera par la suite. La même expression de densité irradiante convient à la direction de Fricsay, qui arrache la partition aux ténèbres germano-romantiques et la projette dans la lumière de l'exaltation prophétique de Beethoven.